Née en 1891, Charlotte Périn, Sœur Joseph Marie en religion, deviendra, après des études d’infirmières, la première directrice de l’école d’infirmières de Colmar en 1927, puis de celles d’infirmières et d’assistantes sociales de Saint Chamond en 1940 et de Mulhouse en 1945.

Charlotte Périn nait le 30 janvier 1891  à Fumay (Ardennes), son père Joseph Périn, est contremaitre dans une usine métallurgique, sa mère, Noémie Lambert, est « sans profession ». Après l’école primaire, elle occupe, en 1910, un poste d’adjointe à l’école paroissiale de sa ville natale. Avec l’occupation allemande en 1914, elle en devient directrice. Dès son adolescence, elle est attirée par la vie religieuse, attirance peu appréciée par ses parents. En 1916, elle annonce à ses parents qu’elle va visiter une amie à Bruxelles et  rejoint le couvent des Sœurs du Très Saint Sauveur à Oberbronn   en Alsace. La congrégation des Sœurs du Très Saint Sauveur – connue sous le nom des sœurs de Nierderbronn – a été fondée, en 1849,  dans cette ville par Elisabeth Eppinger.  Après le retour de l’Alsace à la France, elle entre, en avril 1920, à la congrégation et, le 7 septembre de la même année, elle revêt l’habit religieux, qu’elle portera durant toute sa vie professionnelle ;  ses parents, toujours opposés, sont absents à cette cérémonie. Après  son passage au noviciat, le 8 septembre 1921, elle est affectée à un orphelinat situé rue du Retrait dans le 20e arrondissement de Paris.

La congrégation ayant besoins d’infirmières pour ses institutions sanitaires, Charlotte Périn est envoyée, en 1924,  se former à l’Ecole des Peupliers (Paris 13e)  dépendant de la Croix Rouge et  passe son diplôme, en 1926,  à l’Ecole de l’Hôpital Pasteur. Cette même année 1926 elle prononce  ses vœux perpétuels. La congrégation fonde, à Colm  ar, la clinique école des sœurs de Nierderbronn, Charlotte Périn, devenue sœur Joseph-Marie prend en 1927 la direction de l’école qui ouvre avec 14 élèves infirmières (dont 7 religieuses). Et, en 1929, elle fonde une section de l’Union Catholique des Services de Santé. Dans l’objectif d’ouvrir une formation d’infirmières visiteuses, elle passe ce diplôme et ouvre, en 1930, cette formation. Pour cela les locaux de l’école sont agrandis et un internat de 22 places est ouvert, grâce à une subvention gouvernementale. Cette subvention est source d’une polémique : en janvier 1933 une lettre aux ministères de l’Éducation et de la Santé, parue dans les « Cahiers des Droits de l’Homme »  accuse l’école de refuser les candidates à la formation de religion protestante, juive ou sans religion.  Face à cette attaque, le maire de Colmar et plusieurs personnalités du monde sanitaire répondent en affirmant que les étudiantes catholiques soient favorisées ou seules admises. Cette mobilisation des personnalités locales est relayée par des anciennes étudiantes,  notamment protestantes, qui affirment qu’elles n’ont jamais ressenties de différence de traitement avec les étudiantes catholiques.

Active en dehors de l’école, Sœur Joseph-Marie participe, en aout 1935, au Congrès internationale des infirmières catholiques. En 1935 également, elle publie un « mémento pratique de l’infirmière hospitalières ». Elle assure la direction de la revue de la congrégation « A la suite du Maître Annales des Sœurs du T.S. Sauveur » dont le premier numéro parait le 1er mars 1937. Adhérente de l’Union Catholique des Services de Santé et Services Sociaux, elle donne, aux journées d’étude de 1939, une conférence sur le thème de la neutralité affirmant : « Si, dans la volonté des dirigeants, on ne doit point faire d’apostolat direct, il convient cependant que l’auxiliaire n’oublie pas qu’elle est chrétienne et que, comme telle, elle a des devoirs précis. Si elle ne doit pas faire de « l’assistance sociale catholique », elle doit faire de l’assistance sociale en catholique. (…) La neutralité est impossible, impensable. Qu’il faille agir avec prudence, tact, nul doute, mais qu’il faille traiter Dieu, la religion, l’Eglise, etc. par prétérition, je le nie. Faire du prosélytisme à tort et à travers, là où il n’y a pas lieu, serait une sottise. Mais en toute chose il faut rester dans le vrai et garde la juste mesure. »

Au tout début juin 1940, la décision est prise de replier l’école à Saint Chamond où le maire, Antoine Pinay, l’accueille dans les locaux du nouvel hôpital. Une première monitrice part le 15 juin avec 7 élèves. Le lendemain les troupes hitlériennes entre à Colmar. Le 7 aout les épreuves du diplôme d’État se déroulent normalement, mais, ce même jour, la Gestapo  notifie à la Supérieure de la clinique, l’ordre d’expulsion de onze  sœurs dont Sœur Joseph-Marie. Avec les sœurs expulsées, elle arrive à Saint-Chamond le 17 août  et organise l’École d’Infirmières et d’Assistantes sociales de Saint-Chamond. Les cours comment le 15 décembre 1940 avec 12 élèves dont le nombre va augmenter rapidement. En 1943 il y aura 70 élèves : 29 assistantes sociales et 41 infirmières. Dans son discours inaugural  Sœur Joseph-Marie réaffirme le caractère catholique de l’école, sans oublier la nécessité d’une formation technique : « Loin de moi de sous-estimer la technique, de la négliger. Vous devez y apporter tous vos soins. Vous devez être non seulement de bonnes mais d’excellentes techniciennes, instruites, exactes, précises. Mais cela ne suffira pas. Seule la charité donnera à la formation technique vie et âme et fera de vous des servantes parfaites de la personne humaine, car c’est à cette idée centrale qu’il faut toujours revenir. Et c’est dans l’Evangile connu, médité, vécu, que vous trouverez l’unité de pensée, l’orientation sûre qui fera votre vie harmonieuse et belle et féconde. » En octobre 1943 l’école est agréé pour ouvrir une formation de conseillers du travail.

Quelques temps après la libération de l’Alsace, Sœur Joseph-Marie  quitte Saint Chamond pour deux mois avant d’y retourner pour clôturer l’année scolaire. Pendant cette période, la Congrégation avait décidé de ne pas réouvrir l’école de Colmar et d’ouvrir une nouvelle école à Mulhouse, où la congrégation dispose de locaux rue Thénard et où l’hôpital souhaite se doter d’une école d’infirmières.  L’école d’infirmières et d’assistantes sociales de  Mulhouse est prévue pour accueillir 100 élèves. Sœur Marie-Joseph en est la première directrice, elle donne des cours de psychologie et sociologie,  les quatre monitrices sont des sœurs du Très Saint Sauveur.  Participant comme conférencière à la 1re Semaine d’Etudes des Religieuses hospitalières, organisée à Strasbourg  du 22 au 26 octobre 1945 par le chanoine Billing, elle poursuivra, toujours comme conférencière, sa participation au semaines d’étude suivantes. Dans ces conférences comme dans ses articles publiés dans « Servir » le bulletin des anciennes élèves, elle développe le lien qu’elle établit entre service social, soins infirmiers et la vertu de charité. Un des thèmes de ses conférences aux Semaine d’Études des religieuses hospitalières  est « la Charité au service de la santé »  et s’adressant aux assistantes sociales et aux infirmières elle affirme dans un article de « Servir » de 1946 : « Chacune de vous n’a-t-elle pas cette mission toute privilégiée de distribuer ce don d’amour ? Car c’est cela que la société attend des infirmières et des assistantes sociales. C’est la conception qu’elle se fait de votre rôle, et c’est bien l’essentiel de ce rôle, car c’est le besoin le plus foncier chez l’homme ; il a ce besoin d’un peu d’amour, il a besoins qu’une attention soit sur lui, qui ne peut se suffire en rien. »  Dans les cours de sociologie qu’elle donne à partir de 1949 à l’école de jardinières d’enfants de l’Orphelinat de Mulhouse Dornach, elle développe  ce « point de vue spiritualiste et chrétien » comme en témoigne une ancienne élève jardinières d’enfants : « Sœur Joseph Marie jalonnait des cours de sociologie à l’Ecole des Jardinières de Dornach. Ces cours étaient bien loin du genre statistique ou nomenclatures ; c’était bien au contraire un encouragement à fonder de beaux, de riches foyers chrétiens et c’est avec enthousiasme qu’elle nous parlait de l’Amour. Elle voulait nous inspirer un sentiment profond, une idée pure du mariage »

En 1947 l’École d’Infirmières et d’Assistantes sociales ouvre une formation d’auxiliaire de puériculture et les promotions sortantes sont de 30 infirmières hospitalières et de 40 assistantes sociales, presque toutes d’origine alsacienne.  L’activité de Sœur Joseph-Marie ne se limite pas à l’école, elle adhère à l’ANAS et devient, en 1949, vice présidente de la section du Bas Rhin.  Ses activités dans le champ religieux est intense : elle adhère au groupe de Mulhouse d’Économie et Humanisme, elle participe à Rome en avril 1949  la demande de béatification de la fondatrice de la congrégation,   en 1951 elle crée un cercle d’étude pour les assistantes sociales et fonde un groupe de la « Légion de Marie » pour les élèves de l’école.

En mai 1953 elle est hospitalisée puis opérée en juin, en aout elle séjourne chez son frère et sa famille, en septembre elle est de nouveau hospitalisée et en octobre elle reprend ses activités à l’école. Mais ses activités sont interrompues en février 1954 par une hospitalisation,  la reprise de ses activités est à nouveau suspendue en avril sur ordre médical. Les 7 et 8 mai elle est transportée à Lourdes  puis retourne à Mulhouse où elle décède le 29 mai 1954.

Ainsi Charlotte Périn aura été la première directrice de trois écoles, l’École d’infirmières et infirmière visiteuses de Colmar, l’École du Nouvel Hôpital de Saint-Chamond, l’École d’Infirmières et d’Assistantes Sociales de Mulhouse. Cette dernière, après la séparation entre les formations d’infirmières et d’assistantes sociales deviendra, l’Institut Supérieur Social de Mulhouse et l’école de Saint Chamond fermera ses portes.

SOURCE : « Une sœur du Très Saint Sauveur Sœur JOSEPH-MARIE  Simple récit d’un témoin »  1957   Colmar Imprimerie ALSATIA   315 p.

Henri Pascal