Née en 1877 et décédée en 1938, Marie Diemer a été l’une des deux fondatrices de la première association professionnelle du travail social, l’association des infirmières visiteuses. Elle est également, en 1917, l’une des cinq fondatrices de l’École des Surintendantes. Après la guerre, elle s’investit dans la création du scoutisme féminin tout en ayant une activité importante à la Résidence sociale de Levallois et à son école sociale.

Marie Diemer est née le 11 septembre 1877 à Épinal (Vosges), elle appartient à une famille protestante originaire de Wengen qui a quitté l’Alsace après l’annexion allemande en 1871 pour s’installer en Lorraine. Son père est notaire à Épinal, sa mère, Marie Suzanne Elisabeth Thorens est apparentée à la famille Dollfus (des tissages DMC), liée aux vieilles familles de la ville. Marie a une sœur, Marguerite, de 2 ans sa cadette. En 1893, Marie suit sa famille qui s’installe à Paris. Elle a acquis une solide culture et une grande curiosité intellectuelle grâce à l’influence de son père. Passionnée par les questions religieuses elle va se consacrer pendant sept ans à l’étude des religions anciennes, des philosophies, de l’ethnologie.

En 1913, après un voyage en Angleterre et en Italie, Marie prend conscience de la situation de la France et des courants qui la traversent. Elle participe au Congrès international des femmes, impulsé par les États-Unis. Déjà la branche française est organisée sous le titre de « Conseil National des Femmes Françaises » (CNFF). Voulant savoir où se plaçait la France par rapport aux autres nations du point de vue sanitaire et social, Marie suit les travaux du congrès et fut saisie de constater qu’en hygiène, en prophylaxie, en natalité, elle tenait un des derniers rangs. Les contacts, noués lors du congrès international, avec le docteur Nicole Girard Mangin, rapporteur de la section d’hygiène, favorisent le projet d’association élaboré par Marie Diémer et Renée de Montmort. En 1913, elle fonde avec madame de Ganay et  Renée de Montmort, qu’elle a connu en 1912, la première association professionnelle : le Comité des infirmières visiteuses de France. Elle fait campagne pour faire connaitre l’association. Dans cet objectif,   elle rencontre, avant 1914, à l’Union des Œuvres de Levallois pour la première fois Marie-Jeanne Bassot,  elle témoigne de cette rencontre :

« La première fois que j’ai rencontré Mlle Bassot c’était à une séance de l’Union des œuvres de Levallois. Son regard m’avait frappé : il y avait dans ses yeux clairs tant de vie, une volonté si confiante, un si souriant optimisme… Quelques années s’écoulèrent. Quand j’ai retrouvé Mlle Bassot, c’était aux premiers temps de la Guerre… Nous étions venus demander aux Résidentes de s’associer à l’Œuvre des Infirmières-Visiteuses de France, d’en devenir l’une des sections »

 En 1915 après la victoire de la Marne, la Société anglaise des Quakers arrive en France et se consacre à la reprise du travail dans les régions dévastées de l’Est du pays. Marie Diémer et Renée de Montmort, qui sont déjà en relation avec les Quakers, sont chargées par le gouvernement français de suivre leur action. Sur cette période, Marie Diemer déclare : « De temps à autre, je suis allée dans la zone des armées dans les villages dévastés de la Marne et de la Meuse, car on nous avait confié « la surveillance » de la « société anglaise des amis », les Quakers, nous servions d’agent de liaison entre eux et le gouvernement. Là au moins on avait l’impression d’être directement utile » En 1917, elle consacre une partie de son activité à la fraternité Franco-Américaine  et collabore avec la Croix-Rouge américaine qui lui demande d’organiser des cours pour former des visiteuses de l’enfance.

Cette même année 1917,  Marie Diemer et Renée de Montmort, émues par le sort matériel et surtout moral des ouvrières, invitent diverses femmes, responsables d’œuvres et de sociétés différentes, à réfléchir à l’amélioration de leur sort. La question des surintendantes, sur le modèle anglais, est posée et le CNFF appelle à la création d’une école afin de former les surintendantes.  Cinq femmes en sont les fondatrices : Marie Diemer, Renée de Montmort, Marie Routier, Cécile Brunschvicg et Henriette Viollet. En 1919, elle est co-fondatrice, avec Apolline de Gourlet et l’abbé Viollet , de l’Ecole Pro-Gallia, qui deviendra quelques années plus tard « l’Ecole d’Action sociale » de Levallois-Perret. Et, en 1921, elle devient membre du Comité de propagande de la Résidence sociale de Levallois-Perret, fonction qu’elle occupera jusqu’en 1936.

Aux côtés de Marie-Jeanne Bassot  elle participe à plusieurs réunions de la Fédération des Centres Sociaux de France, fondée en 1922. Avec Marie-Jeanne Bassot, elle coécrit le rapport intitule  « Les Centres Sociaux » préparé pour le congrès du Redressement Français d’avril 1927, ce rapport est toujours une référence sur la période.

Au gré de son compagnonnage avec Renée de Montmort, Marie Diémer découvre les premiers camps d’éclaireuses, inspirés par l’Angleterre. En France, des initiatives de scoutisme féminin ont débuté dans le milieu protestant dès 1911 et des tentatives se font jour dans différents milieux. Renée de Montmort y apporte un élan décisif en accueillant, à Augeronne en 1922, le premier camp international féminin en lien avec Londres, berceau du mouvement. Y sont présentes des responsables et des patrouilles de différents pays : Angleterre, Belgique, Hollande, Suisse, Danemark et des éclaireuses françaises. Marie Diémer le suit attentivement. Elle prend alors contact avec Albertine  Duhamel, bien connue des milieux catholiques, qui fondera l’association des Guides de France en 1923. L’itinéraire de Marie Diémer coïncide alors avec celui des Guides de France auxquelles elle fait le choix d’une adhésion entière, d’abord par son baptême dans l’Église catholique, en la fête de Saint-Pierre et Saint-Paul 1924  et sa promesse guide le 4 mars 1925. En  1927,  elle lance  la branche « Jeannette »  (8-11 ans) et   publie « Le livre de la forêt bleu » qui sera l’outil pédagogique pour les « jeannettes ». Marie Diémer était membre du cercle Sainte Jehanne depuis l’origine en 1930.

Dans les années 1930, elle est particulièrement active à la résidence de Levallois Perret ainsi qu’à l’École d’action sociale de la Résidence Sociale.  Elle participe à la formation de futures travailleuses sociales. Elle est nommée chevalier de la Légion d’honneur en 1934, en qualité de vice-présidente du Conseil d’administration de l’École d’action sociale. En 1935, à la mort de Marie-Jeanne Bassot, elle lui succède au secrétariat général de la Résidence sociale et, en 1936, est élue au conseil d’administration de la Fédération des Centres Sociaux de France. Elle quitte ces fonctions en 1937 et décède d’un cancer le 3 juin 1938 à Fontainebleau. Après sa mort,  Madeleine Gaugué lui rend hommage lors de l’assemblée générale de la Résidence Sociale le 10 mars 1939 : « Depuis un an, la Résidence a eu un nouveau grand deuil en la personne de Mlle Marie Diémer, dont les forces magnifiques ont été terrassées si rapidement. Souvenons-nous de celle qui fut au nombre des premières travailleuses sociales et qui n’eut au cœur que l’amour de la France et le désir de la servir. Elle fut la grande amie de cette maison, elle accepta de la diriger dans un moment difficile. Gardons-lui notre souvenir fidèle et reconnaissant. »

Outre de nombreux articles dans la presse du scoutisme ou dans les bulletins de la résidence sociale, Marie Diemer a publié plusieurs livres dont La légende dorée de l’Alsace, couronnée par l’Académie  Française, les romans : Maître Josias, et Anne-Marie et Sainte-Geneviève.

                                                  Henri PASCAL mai 2023

Sources :

  • CHEROUTRE Marie-Thérèse « Marie Diemer 1877-1938 » texte publié site internet SGDF
  • FAYET-SCRIBE Sylvie 1990 « Associations féminines et catholicisme, De la charité à l’action sociale XIXe-XXe siècle » Paris, Les Éditions Ouvrières
  • BOUQUET Brigitte, TREUIL Danièle « Ecole des Surintendantes (Paris) » Vie Sociale n°1-2 1995
  • Notes de Jacques ELOY