Résumé : Née en 1928, Marceline Gabel passe son enfance et sa jeunesse à Toulon, où son père travaille à l’Arsenal. Après la Libération, elle s’inscrit à l’Ecole de puériculture de Paris, où elle passe les diplômes d’infirmière et d’Assistante sociale. En 1949 elle par à Rabat, où elle travaille comme assistante sociale. De retour en France elle travaille au Centre Binet (Paris) puis développe une activité pratique et théorique dans le champ de la protection de l’enfance, écrivant plusieurs livres sur le sujet.

Née le 4 février  1928 à Foussemagne  (territoire de Belfort), Marceline Gabel a laissé, sous le titre « la boite à mémoire »,  de nombreux écrits autobiographiques. Ces écrits ont été utilisés pour la rédaction de cette biographie et certains sont reproduits en italique. Sa jeunesse dans une période tourmentée a pu être considéré comme un des fondements de son engagement dans la protection de l’enfance.

« 1928-une année ordinaire sans doute, la date de naissance de Mickey Mouse, de Jeanne MOREAU, l’inauguration de la ligne téléphonique New York/Paris…Le 4 février, un samedi jour de Shabbat, comme le rappelait ma mère, lorsqu’enfant elle me découvrait mollement assise, toujours fatiguée…Le reproche avait -il à voir avec mon hyperactivité et ma difficulté à rester assise ? Foussemagne, village où s’étaient fixées des familles juives en exil de 1870, qui n’avait pas d’église, mais une synagogue…Les femmes accouchaient à domicile : c’était chez mes grands -parents paternels, les GABEL. On me prénomma Marceline, en souvenir de Marcel, décédé à 20ans en Syrie pendant son service militaire, le seul fils de la famille LACREUSE, frère ainé de maman… On ne parlait pas encore de mandat transgénérationnel… Être née dans la maison des douanes, sur l’ancienne frontière avec l’Alsace, peut-il induire le goût pour l’étranger et les voyages ? Cette maison sera jusqu’à mes 10ans celle des vacances, de la liberté totale, partir à vélo à travers le village et au-delà avec mon cousin Milou ».

Car le reste du temps se passait à Toulon, depuis 1926. Son père s’était engagé à quinze ans dans la marine, comme mécanicien. Sa mère, la fille du maitre d’école et secrétaire de Mairie de Montreux-Château qui avait enseigné son père, l’y avait rejoint après leur mariage, cette année -là (elle qui avait dû quitter l’école après le certificat d’études, parce que ainée de 3 sœurs et un frère, qui toutes deviendront institutrices ou directrices…) La famille habitait une immense maison avec terrasse dont son père assurait l’entretien après sa journée à l’Arsenal, sa sœur y naitra 4 ans après elle, souffrant d’une maladie mystérieuse. Ensuite, ils s’installeront au Val Fleuri, dans une maison à eux, la villa Denise, d’où l’on admire la mer. Marceline reçoit l’éducation ménagère maternelle et l’enseignement scolaire à l’école, puis au Cours Complémentaire, qui la destinait à devenir institutrice (non au lycée, jugé trop élitiste par ses parents).

« 1939 sera l’année des dernières vacances chez les grands-parents, l’entrée chez les guides de France, la déclaration de guerre, qui toutes m’ont marquée. Les guides m’offrent le sens des responsabilités, de la rigueur et la performance, l’intelligence pratique peut s’y développer, tout ce qui intéresse Hibou têtu… » La drôle de guerre pousse sa famille à s’installer dans un village du Haut Var, dans un contexte de restrictions progressives ; guerre qu’elle va traverser « comme une sorte de jeu, est-ce cela la résilience ? »

 1941, ses deux parents sont arrêtés pour des motifs véniels comme   aller enterrer son père en passant la ligne de démarcation, les filles vont devoir se débrouiller  seules quelques temps, les parents retrouvés devront veiller à  trouver nourriture, vêture… La santé de Marceline se dégrade fin 1942, elle rejoint sa sœur, déjà accueillie depuis un an en préventorium à Chavaniac-Lafayette, pour lutter contre la tuberculose, maladie qu’on cache à l’époque ; à Toulon, la flotte se saborde, l’Arsenal passe sous l’autorité nazie. La rentrée 43 se fera à Toulon, mais dès novembre et ses bombardements, la famille s’installe à La Farlède, dans une pièce unique, la scolarité effectuée par correspondance, jusqu’à ce qu’un incendie en 1944 la déloge. Les 2 deux filles seront alors embarquées, par suite d’un ordre d’évacuation de tous les enfants, en Isère, à Corbelin, en plein hiver, Marceline chez le Directeur d’école communiste, sa sœur au Château …avec interdiction de se croiser ailleurs que sur la place du village. Elle reviendra passer le Brevet à Draguignan, voyageant seule depuis Toulon et obtenant l’hospitalité de la Maternité de la ville le temps des épreuves. Un bombardement (débarquement en Provence) ayant soufflé leur maison, leur mère les rejoint à Corbelin, avant de pouvoir regagner Toulon, dans une maison désormais sans toit, pour une rentrée scolaire au 11 décembre.

1945, armistice ! puis obligation d’entrer à l’école Normale d’institutrices de Nice, « selon le projet familial, d’où je sors trois mois plus tard, ne voulant pas être privée de la liberté de choix par les nominations pour les dix ans à venir »

1946 La réussite à l’examen d’entrée à l’école d’infirmières à Paris calme la colère familiale ; elle sera suivie de deux années à l’école de puériculture de Paris, habilitée depuis 1947 à diplômer les assistantes sociales, ce qui « me permet de quitter une ville où je me sentais à l’étroit ». Elle décrit « deux années d’hyper activité entre études, stages, gardes rémunérées pour acheter sa nourriture, cachées aux parents pour limiter leur effort financier… »

1947-1948 : Ecole de puériculture de Paris, en internat, où Suzanne Lemaire, une Directrice bienveillante, « me donne accès à la musique, aux lectures, organise mes congés et m’offre son amitié » L’été, elle fait ses stages à l’infirmerie d’un camp de vacances SNCF, qui organise des échanges entre enfants de cheminots français et étrangers, elle se rendra ainsi en Tchécoslovaquie, en Suède.

30 juin 1949, reçue avec mention, elle décide de s’embarquer pour Casablanca le mois suivant « pour éviter une vision d’un service social étriqué dans ses uniformes et un retour à TOULON », sans rien savoir de sa résidence, de son salaire ni de son activité future, mais on voit déjà « se dessiner mes deux intérêts constants, pour les enfants et l’aspiration très vive à garder ma liberté de choix, pour pouvoir agir… C’est sans doute la source de toutes mes joies ».

 Au MAROC  elle est accueillie au foyer des assistantes sociales à Rabat, sous la houlette de l’assistante chef Suzanne BEY ROSSET. « Ce protectorat français respectueux depuis LYAUTEY de la culture locale imposait à ses fonctionnaires un cours d’arabe et d’initiation à la vie marocaine, ceci donnant d’emblée le sentiment d’être dans un pays étranger et de participer à son développement. Logée ensuite dans le dispensaire du bidonville Douar Debbagh, à proximité de Rabat, seule européenne au milieu d’une population très pauvre, ma mission était centrée sur l’éducation et le développement des femmes musulmanes en matière sanitaire et sociale. La visite à domicile dans les heures suivant la naissance d’un enfant, était le point de départ du travail. Soins des yeux et de l’ombilic, certificat de naissance et conseils constituaient le prétexte pour établir une relation en même temps qu’une réelle éducation sanitaire. Par ailleurs, toute initiative était bienvenue, et les moyens pour sa réalisation facilement dégagés par le ministère de la Santé dès qu’elle présentait un intérêt. Ainsi, autour d’une école des mères qui rassemblait les jeunes mamans et leurs bébés, de nombreux outils pédagogiques ont pu être conçus et réalisés : diapositives, affiches, livrets de puériculture en forme de BD…Plus tard, la nécessité de former ensemble les jeunes filles vivant au Maroc (musulmanes, juives, chrétiennes) m’est apparue évidente pour assurer elles-mêmes ce travail éducatif.  Sur simple proposition et en quelques mois, j’ai pu élaborer un programme, trouver un local, y installer un internat, celui-ci recevant des jeunes filles du bled, avec une pouponnière de 40 berceaux, créant à Rabat en 1952 la première école d’auxiliaires de puériculture » ; Pour une année, Marceline rentre à Paris se soigner, elle travaille au service social des nord-africains, puis retourne au Maroc. Une école similaire sera installée en 1954 à Casablanca « véritable entreprise familiale, ma sœur assurant les cours, mon beau-frère la gestion et moi la Direction. Mais la lutte pour l’indépendance commence, l’école est gardée militairement » et sera fermée finalement en 1956 » ;

Bien que sa santé se soit altérée, elle visite le grand sud, fait un stage à Paris au Centre International de l’Enfance, visite l’Argentine, mais elle se questionne : rester ou partir du Maroc ? Mohamed V est de retour et forme un gouvernement marocain, Marceline est nommée au port de Casablanca au Contrôle sanitaire aux frontières, elle assiste aux premières attaques d’européens… 

« 1957, après 8 ans d’une activité sans cesse innovante, le retour en France m’a paru difficile. Munie d’un visa d’immigrante, en mars, je suis partie avec deux amies pour un séjour de deux ans au Québec, à nouveau vers l’inconnu : à la découverte d’un pays jeune, aux politiques sociales expérimentées et évaluées. Un cours de social case-work à l’Université de MONTREAL complète une pratique dans un service social familial, où j’expérimente le réel soutien d’une supervision efficace. A l’Université, découverte de FREUD et de tout un univers inconnu qui marquera mes pratiques à venir. En même temps, de nombreux voyages à travers les Etats-Unis, le Canada, l’Amérique centrale m’ont donné une vision d’un monde nouveau et très excitant, me faisant sentir très fort, et pour la première fois, le sentiment d’être profondément européenne. 

1960, retour à la réalité, affectation à la Préfecture de la Seine, au service d’hygiène mentale, mon passage à l’Université de Montréal n’étant pas étranger à cette nomination. Philippe PAUMELLE créait à ce moment précis l’Association de Santé Mentale du 13ème    arrondissement de Paris (ASM13) avec un service de pédopsychiatrie. Il concevait ce qui serait plus tard inscrit dans la loi la sectorisation psychiatrique, inspiré par l’action communautaire. D’abord assistante sociale dans l’équipe de René DIATKINE, je participais à un travail d’équipe psychiatrique très fortement implantée dans la réalité du quartier, où tout était à inventer. Enthousiasme partagé par tous, séminaires du dimanche matin, présence forte dans les écoles, mise en route d’une recherche longitudinale, rigoureuse et riche d’enseignement, poursuivie sur vingt-six ans. Cette recherche et les deux ans dans le bidonville marocain auront été les deux moments forts de ma vie professionnelle, où affectif et connaissance étaient intimement mêlés …Pour tout ceci, les heures ne seront pas comptées, psychanalyse et pragmatisme feront bon ménage …Doublement des équipes chaque année, le service de pédopsychiatrie devient le Centre Alfred BINET, avec installation d’un hôpital de jour, d’une unité du soir, d’une unité de soins aux tout-petits.

1968 : Directrice ! quelle aventure ! un personnel ! une organisation ! un conseil d’administration ! des délégués du personnel ! et une semaine de travail avoisinant les 60 heures. Serge LEBOVICI était le médecin chef, le Centre se développa rapidement, les moyens financiers ne lui furent pas comptés. La rigueur d’un travail systématique a permis de connaitre les particularités de la population de chaque quartier, d’y adapter le développement des équipes de soins, de comparer des résultats avec ceux de centres similaires en Suisse, Belgique. Le centre accueillait aussi des stagiaires étrangers, le réseau d’amitiés se tisse au Brésil, Argentine, Pologne. C’est aussi le développement d’un centre d’enseignement réputé ; je m’embarque dans une cure analytique pour plusieurs années, je découvre, avec les chercheurs de l’INSERM et les psychiatres le plaisir d’écrire. Cette expérience éclairera ensuite ma compréhension des comportements humains.

1979 Serge LEBOVICI est nommé par Simone VEIL professeur à la Faculté de médecine de BOBIGNY, il me proposa de l’y accompagner, tout recommence à 0. J’acceptais, sachant qu’il s’ouvrait depuis peu à d’autres approches que la psychanalyse : ethnopsychiatrie, pédiatrie sociale. Nous y avons créé le Département de psychopathologie clinique, biologique et sociale de l’enfant et de la famille, dont j’assurais le Secrétariat général ; s’ouvrait une autre période féconde, portée par l’imagination du Doyen Pierre Cornillot, mais pauvre en moyens. Il fallait auto-financer le développement de ce département et me découvrir des compétences de gestionnaire et d’organisatrice. Bobigny, c’est le 93, un département multiculturel, des services du Conseil Général très motivés, en particulier la PMI. Un CES-certificat d’études spéciales- se met en place, attire de nombreux futurs psychiatres, puis s’organise un Diplôme Universitaire de psychopathologie du bébé, qui attire pédiatres, puéricultrices, psychologues, des journées d’études mensuelles, la publication de Cahiers, une recherche-action avec la PMI sur la prévention de la maltraitance. Chargée de cours dans le cadre d’un DU de formation à l’action sanitaire et sociale, je découvre l’intérêt et la difficulté de la formation continue des professionnels, notamment chargés de la protection de l’enfance. Si le Conseil Général n’a pu réaliser le projet initial « la maison des bébés », mon appartenance à cette administration a facilité les choses, une recherche d’envergure se met en place sur la prévention précoce des enfants en danger, avec les équipes de PMI : mutualisation réelle des connaissances et des pratiques, publication et communication aux congrès autour des interactions précoces mère-bébé, un réseau INSERM conduit à Bobigny provinciaux, suisses et américains…

1986 : sans doute que l’intérêt pour ces recherches conduit-t-il le Bureau Famille Enfance de la Direction des Affaires Sociales du Ministère à me demander de prendre en charge le dossier de l’enfance maltraitée, que j’accepte à condition de rester à temps partiel à Bobigny, ne pas rester enfermée dans un Ministère et coupée du terrain.  Je peux organiser, sous couvert de l’Université, des journées d’étude sur les mauvais traitements à enfants, plus tard sur les abus sexuels ; elles auront un grand retentissement et donnent lieu à une collection « maltraitance « chez Fleurus évoquée plus loin.

Au Ministère, préparation et lancement de la campagne de prévention des abus sexuels, toute liberté m’était laissée, mais tout était à faire : recension de la bibliographie, étude épidémiologique, échange avec le Québec, publication d’un dossier technique. Puis apprentissage à la rigueur de la préparation d’une loi, celle du 10 JUILLET 1989 relative à la prévention des mauvais traitements à l’égard des mineurs et à la protection de l’enfance. Ces années de travail avec Hélène DORLHAC, sur un thème si émergeant auront été stimulantes ».

  Cette année-là fut aussi l’année de création de la filière hospitalière, après celle, en 1983, de la filière territoriale, les deux affectant le fonctionnement du Service Social, notamment de pédopsychiatrie, puisque les professionnelles du secteur public devaient choisir leur rattachement à l’une ou à l’autre, perspective qui inquiétait les professionnelles, et faisait craindre à Marceline une perte de qualité des pratiques. Elle sera à l’origine d’une enquête nationale sur la situation des assistants sociaux en psychiatrie, qui devait faire émerger des éléments communicables à un Bureau de la Direction Générale de la Santé, alors piloté par J F BAUDURET. Le but étant d’aider aux réformes à venir. Elle s’entoure du groupe des ASS du XIII, avec leur responsable MME SUZE FLORIAN, ainsi que des ASS chefs régionales, dont MME Guillemette GILET pour le Rhône : Marceline lance l’enquête, le groupe de professionnelles l’exploite ; elle sera suivie d’une autre, et le groupe s’élargit ; il deviendra un Groupe d’Etude et de Recherche sur le Service Social en Psychiatrie, en charge de fournir des références méthodologiques et de favoriser les échanges de pratiques. Des journées seront organisées annuellement au Ministère, qui durant une douzaine d’années, donneront lieu à la publication d’Actes, devenus célèbres parmi les professionnelles et les étudiants en service social. Marceline participa à ce groupe les premières années de son fonctionnement, moins ensuite, car elle sera absorbée par la rédaction de nombreux ouvrages, une autre grande aventure. Elle participa aussi au début de la rédaction d’un livre, le service social en psychiatrie, coordonné ensuite par Annie CARTIER pour le GERSSP.

1993 « le couperet du temps m’oblige à faire valoir mes droits à la retraite la mort dans l’âme, mais l’ODAS (observatoire de l’action sociale décentralisée) est là. Je découvrais et expérimentais cette association créative, souple, réactive et sachant communiquer, j’y crée et anime un observatoire de l’enfance en danger. Je mesure la distance entre l’élaboration d’une loi et son application, c’est ainsi qu’un mois après la promulgation de la loi du 10 juillet 1989 instituant l’obligation de recueil du nombre de signalements, le Ministère me demande   le nombre exact d’enfants victimes d’incestes !!! Les lobbyings sont forts, les lois s’ajoutent les unes aux autres, la guerre des chiffres a bien lieu, l’enfant maltraité devient un marché et toute réflexion est évacuée ! » Marceline y poursuivra son action, quand l’ODAS deviendra ONED (observatoire national de l’enfance en danger)

1997 « Je suis rappelée au Cabinet de Xavier EMMANUELLI, Ministre de l’action humanitaire, pour préparer et représenter le Gouvernement au Congrès Mondial de Stockholm « l’exploitation de l’enfant à des fins commerciales » L’affaire Dutroux en Belgique a montré que les abus sexuels s’exercent aussi chez nous…Au retour de congrès, je me trouve au centre de la préparation d’un plan gouvernemental de lutte contre les abus sexuels, que chaque pays s’était engagé à construire. La proclamation d’une année 1997 « Grande Cause » me conduit à en être la Secrétaire Générale, dont le comité de parrainage, bien hétéroclite, rend difficile d’en faire une action plus technique que politico-médiatique… même si cela a permis de rapprocher des associations rivales et suscité quelques belles actions… parmi lesquelles on citera la création du numéro vert 119 ALLO ENFANCE EN DANGER ;Mais l’alternance politique en fait un bureau perdu du Ministère… jusqu’à ce que Bernard KOUCHNER s’y intéresse et y consacre une journée à l’UNESCO. »

1998 sera une année où Marceline va pouvoir développer son dernier grand combat, la formation des professionnels de tous ordres , la bientraitance que leur difficile mission appelle : « sollicitée comme chargée de cours à l’Université de Nanterre au département des sciences de l’éducation de PARIS X, pour des étudiants en licences et DESS, au CNFPT(centre national de la fonction territoriale), dans des Conseils Généraux où je mesure la souffrance des professionnelles de première ligne, les dysfonctionnements des services de protection de l’enfance. Retraitée, le luxe est de pouvoir choisir ses interventions : Vice-présidente de la Fondation Mc Donald, conférence des évêques de France, CSA, Conseil Général de Seine saint Denis… » C’est avec cette phrase que s’arrête, en 2006 « la boite à mémoire », l’un des témoignages laissé par Marceline où elle retrace sa vie, mais ce n’est pas, loin s’en faut, son dernier mot !

Ses mots, on peut les lire directement dans sa bibliographie, qui s’étale de 1991 à 2011, se partage entre ouvrages personnels ou collectifs, contribution diverses, articles dans les revues professionnelles (surtout le Journal du Droit des Jeunes, Devenir, Empan, vie sociale et traitement, enfances et psy… Ses  ouvrages traient de l’enfance maltraitée, de l’inceste, de l’enfance en danger  et de la protection de l’enfance

Marceline est décédée le 6 aout 2014 à Paris. UnMaMa hommage lui a été rendu le samedi 13 septembre dans la crypte de l’église Saint Lambert de Vaugirard à Paris 15ème, son quartier de résidence. Famille, amis, collègues témoignèrent de son profond engagement   pour la cause des enfants, bébés, adolescents, de leur besoin de protection, autant que ceux qui les entourent, mères comme pères, sans oublier les professionnels qui les accompagnent.

 Pour le Centre BINET, Françoise COUTOU rappelle « qu’elle était une travailleuse infatigable, fiable, exigeante…elle mettait son énergie, sa réactivité au service des enfants et des familles dont elle se sentait responsable. Elle savait fédérer les différentes catégories professionnelles autour d’un professionnalisme exigeant » Pour Paul DURNING à l’ONED « ce n’était pas la femme d’un clan, elle a toujours voulu tisser des liens entre acteurs pour servir l’intérêt de l’enfant » , nous ajouterons : faire avancer les droits de l’enfant et faire appliquer la CIDE ; pour Marie Paule MARTIN-BLACHAIS «  son engagement et sa ténacité ont grandement contribué à  fédérer les acteurs publics et associatifs au service de la cause de l’enfant maltraité » ; «  l’ouverture d’esprit, le souci de concertation et le dynamisme de cette grande professionnelle va désormais manquer dans le paysage de la rénovation des pratiques sociales », dira Jean-François BAUDURET, en conclusion.  Elle a été nommée officier de la Légion d’honneur en 1990 et officier de l’ordre du Mérite en 1997

Brigitte LENOBLE-CORREARD     septembre 2023

SOURCES : 

  • Écrits de Marceline « la boîte à mémoire » août 2006 22 pages ; « la petite fille, la guerre et la résilience ? » 5 pages non datées.
  • Témoignage de Jacques HOUVER, membre lyonnais du GERSSP, qui m’a communiqué des photos.
  • Sites ERES et CAIRN, pour les infos sur sa bibliographie
  • Lecture de ses ouvrages et articles
  • Hommages qui lui ont été rendus figurant sur les sites de MEDIAPART, de l’AFIREM.
  • Article ASH du 22.08.2014 d’Eléonore VARINI.
  • Son neveu Patrick THOMANN qui m’a fourni des photos, lui et Françoise COUTOU ont accepté de relire mon texte et m’ont apporté leurs réponses. 

BIBLIOGRAPHIE (ouvrages) :

  • MANCIAUX M, GABEL M, GIRODET D, MIGNOT C, ROUYER M, 1993 l’enfant maltraité, Paris FLEURUS 696p
  • GABEL M, LEBOVICI S, MAZET P,1995, Maltraitance : maintien du lien ? Paris, FLEURUS 213p
  • GABEL M, LEBOVICI S, MAZER P, 1995, Le traumatisme de l’inceste Paris, PUF, 254p
  • GABEL M, LEBOVICI S, MAZET P,1996, Maltraitance, Répétition, Évaluation, Paris, FLEURUS, 304 p
  • GABEL M, JESU F, MANCIAUX M, 1998, violences institutionnelles : accueillir et soigner les enfants sans les maltraiter, Paris, Fleurus 305p
  • GABEL, JESU F, MANCIAUX M, 2000, Bientraitances : mieux traiter familles et professionnels, Paris, Fleurus, 453p
  • GABEL M, DURNING P,2002, Evaluation des maltraitances : rigueur et prudence, Paris, Fleurus, 390 p
  • MANCIAUX M, GABEL M, GIRODET D, MIGNOT C, ROUYER M, 2002, Enfances en danger, Paris, Fleurus 773p
  • GABEL M, LAMOUR M, MANCIAUX M, 2005, Protection de l’enfance : ruptures, maintien et soins du lien, Paris, Fleurus, 430p
  • THOMANN T, GABEL M, SENETERRE E, 2005, l’infirmière scolaire aujourd’hui, Paris, Maloine, 222p
  • LAMOUR M, GABEL M, 2011, Enfance en danger, professionnels en souffrance, la vie de l’enfant ERES 2011.