
Après s’être engagée comme infirmière au cours de la première guerre mondiale, Yolande de Paillerets suit successivement une formation d’infirmière, puis d’infirmière visiteuse et, ensuite, d’assistante sociales. Elle dirige le service social de l’Œuvre de la Croix Saint Simon ? Militante de la Croix Rouge, elle dirige les Equipe Croix Rouge de Secours pendant la deuxième guerre mondiale. Active lors de la Ve conférence internationale de Service Social (Paris 1950), elle est élue au conseil d’administration de la Croix Rouge Française.
Yolande Vittu de Kerraoul, est née le 18 octobre 1899 à Fontainebleau (Seine et Marne). A 17 ans, elle s’engage au service de l’Hôpital auxiliaire n°4 de Poitiers (SSBM), classé de grande chirurgie, de novembre 1917 à février 1919. Elle y fait ses armes auprès des douze infirmières qui assurent le service des blessés et des salles d’opérations.
De retour à Paris, aguerrie par son expérience, elle entame sa formation au dispensaire SSBM de l’Espérance, 48 rue de la Convention (Paris 15). Rattaché depuis 1912 à la SSBM, la société en a fait un dispensaire-école, avec un enseignement axé sur la lutte contre la tuberculose, le cancer et la mortalité infantile. Elle y reste un an (1920-1921) pour y préparer son diplôme simple d’infirmière. Elle suit en parallèle des études classiques et obtient une licence ès lettres en 1920. Pour obtenir son diplôme supérieur, elle s’inscrit aux cours de Léonie Génin à l’hôpital-école des Peupliers (Paris 13), qui a pour mission de former l’élite des infirmières de la Croix-Rouge française. Yolande suit ses stages obligatoires à la clinique Baudelocque, à Beaujon, Cochin, à l’Hôpital des Enfants malades et sort de sa formation en 1924 diplômée du diplôme d’Etat d’infirmière visiteuse
Yolande choisit de se spécialiser dans l’action sociale. En 1924, elle devient visiteuse de la Croix-Rouge pour les Groupements de jeunesse et d’Entraide administrative. Deux ans plus tard, elle se marie avec Henry Bonnet de Paillerets, directeur de banque, dont elle aura quatre enfants. De 1929 à 1932, elle suit la formation d’assistante sociale à l’École d’action sociale de Levallois.. Forte de son expérience, elle prend en 1932 la tête du Service social de l’Œuvre de la Croix Saint-Simon. Ce service social organise dans le quartier de Charonne (20e arrondissement de Paris) de multiples activités qu’elle décrit dans un article publié en 1942. Pour les enfants la dominante est la prévention sanitaire mais est aussi organisé un groupement de jeunesse : 900 filles et garçons (culture physique, sports, chorale, promenades, cercles d’études). L’activité de prévention sanitaire est également à destination des adultes avec un dispensaire médico-chirurgical, un service antivénérien, un dispensaire antituberculeux et un hôpital de chirurgie. Pour les familles, crèches, jardins d’enfants et colonies de vacances sont ouverts ainsi que des cours d’enseignement ménager ; une bibliothèque à l’usage des adultes et des enfants est ouverte, des réunions familiales sont organisées ainsi que des équipes d’entraide ouvrière. Le service social de la Croix Saint Simon fonctionne, en partie, comme un centre social.
La Croix-Rouge étant associée à la Défense passive, elle est adjointe au chef de secteur du 20ème arrondissement. Elle organise aussi, dans l’Yonne, le service départemental , et, discrètement, elle s’engage dans la résistance. En parallèle, en 1941, la Croix-Rouge française lui confie sa jeunesse. Il lui faut peu de temps pour créer les premières Équipes Croix-Rouge de Secours (ECRS) qui interviennent pour la première fois lors du bombardement de Boulogne-Billancourt en mars 1942. Des équipes sont créées au sein de quasiment tous les comités locaux de la Croix-Rouge. Composées d’un chef et de son adjoint, de 4 infirmières, de 4 brancardiers et de secouristes, ces équipes seront très actives malgré le peu de moyens dont elles disposent et le danger qu’elles encourent. En 1943, sous son égide, la Direction des Équipes d’Urgence voit le jour. Elles sont constituées pour les « coups durs » : bombardements, évacuations, convois, mais aussi accidents ou calamités publiques. Elles rassemblent toutes les compétences de l’association : secouristes, IPSA, infirmières, conductrices. Tous sont là, sous les bombardements, comme lors des combats de la Libération. Elle est sur le terrain, avec ses équipes, lorsque la division Leclerc entre dans Paris. A la fin de la guerre, on compte 60 000 secouristes dans les rangs de la Croix-Rouge française.
En décembre 1944, elle participe au congrès de fondation de l’ANASDE (Association nationale des assistantes sociales diplômées d’État et elle est élue au bureau provisoire.
En 1946 elle est nommée inspectrice générale des équipes secouristes, conseillère auprès de la Direction du personnel technique de la Croix-Rouge française et, en 1948, entre au conseil d’administration. En outre, elle représente l’association au sein du Conseil supérieur du service social, créé en 1950. Cette même année elle participe au travail préparatoire à la Ve conférence internationale de service social (Paris). Elle publie un article sur les problèmes du service social, dans lequel elle souligne notamment la nécessaire indépendance technique de l’assistante sociale :
« Il est souvent difficile, pour le personnel social, de trouver un juste équilibre entre ses devoirs vis-à-vis de « l’usager » et ses obligations vis-à-vis de l’organisme qui l’emploie. L’assistante sociale doit, à côté de sa dépendance administrative, maintenir son indépendance technique et morale. Si elle peut accepter d’effectuer une surveillance médico-sociale, elle ne peut, par contre, assurer un « contrôle » en raison même de sa mission de
« confidente nécessaire » et de son obligation rigoureuse au secret professionnel, inscrite dans la loi du 8 avril 1946. »
Elle participe comme rapporteur de la commission n° 1 Problèmes actuels du service social à cette Ve conférence internationale.
Sur le terrain, du côté de Charonne elle est élue présidente du comité local du 20ème arrondissement , elle y développe des dispensaires et œuvre pour l’aide aux personnes âgées. Pour améliorer les conditions de leur prise en charge à domicile, elle fait introduire, dans le programme Santé au foyer, des sessions de formation dédiées aux aides ménagères de l’association, en commençant par celles de son arrondissement. Du côté de la mairie de l’arrondissement, elle est désignée, en mars 1940, déléguée technique de coordination des services sociaux de l’arrondissement puis, en 1960, elle est nommée membre titulaire de la Commission d’hygiène et de salubrité.

En 1963, elle reçoit la médaille Florence Nightingale, plus haute distinction attribuée par le Mouvement international de la Croix-Rouge, décernée par le CICR aux infirmières dont les actions et l’engagement ont été particulièrement marquants. La même année, elle est promue officier de la Légion d’honneur , 10 ans après avoir reçu la Croix de chevalier. Elle arborait déjà la Croix de guerre (1947) et l’Ordre de la santé publique (1948). Lorsqu’elle décède, en mai 1966, la Croix-Rouge française lui rend un hommage appuyé. A titre posthume, elle lui remet la grande médaille d’honneur. L’année suivante, l’association donne son nom au dispensaire de la rue Sorbier , dans le 20ème arrondissement de Paris et place sous son égide le XIIème congrès de ses secouristes, celui du 25ème anniversaire de leur création.
Henri PASCAL (août 2024)
Sources
-Biographie de Yolande Bonnet de Paillerets publié par la Croix Rouge : https://www.croix-rouge.fr/journee-internationale-de-la-femme/potrait-yolande-bonnet-de-paillerets-2503
-« le service social de la Croix Saint Simon par Mme de Paillerets directrice du service social »Revue des établissements et des œuvres de bienfaisance Revue philanthropique Revue d’Assistance Janvier1942
-« les problèmes actuels du service social Réponses françaises présentée par Mme de Paillerets, membre du conseil d’administration de la Croix Rouge Française » « Ve Conférence internationale de Service Social Réponses Françaises » Informations Sociales n° 14 15 juillet 1950 pp 938-944
-Archives ANAS