
Après ses études à l’École Pratique de Service Social, Simone Monvert travaille de 1932 à 1935 à l’Office de Protection Maternelle Infantile du Xème arrondissement de Paris. En 1935 elle intègre le service social de la police qui vient de se créer à Paris. En 1940 elle quitte ce service pour le Secours National à Amiens.
La famille de Simone Monvert est une vieille famille protestante suisse de Neuchâtel. Un de ses aïeuls, César-Henri Monvert (1784-1848), fut bibliothécaire de la ville de Neuchâtel et un proche ami de Rodolphe Töpffer, reconnu aujourd’hui comme le créateur de la bande dessinée francophone. Son père, Ernest Monvert, de nationalité suisse, est négociant en corps gras ; il est né le 28 juillet 1876 et décédé le 16 juillet 1945 à l’âge de 68 ans à Paris. Sa mère, Camille Courvoisier, de nationalité suisse, est née le 22 décembre 1877 à Neuchâtel (Suisse) et décédée en 1963 à l’âge de 86 ans à Paris. Sa sœur aînée, Odette Monvert, née le 18 septembre 1903 gardera la nationalité suisse ; elle décède en 1977. Ses deux frères Charles Henri Monvert (1906-1959) et Roger Monvert (1908-1978) opteront pour la nationalité française.
Simone Monvert, née le29 novembre 1904 à Sainte-Adresse (Seine Maritime) optera pour la nationalité française comme ses deux frères. Ses parents et sa sœur Odette, garderont leur nationalité suisse. Après un séjour en Angleterre à Londres de 1900 à 1903 où le père de Simone, Ernest Monvert exerce son métier de négociant, la famille s’installe à Sainte Adresse, commune proche du Havre. Après la guerre de 1914, la famille réside à Paris.
Issue du corps des assistantes sociales, Simone Monvert a suivi la formation de l’École pratique de service social (EPSS) fondée par le Pasteur Paul Doumergue. Elle séjournera durant plus d’un an en Angleterre en 1931et parle couramment l’anglais.
Entre 1932 et 1935 Simone Monvert est assistante sociale au centre de l’Office de Protection Maternelle Infantile du Xème arrondissement dirigée par Ysabel de Hurtado (1891-1983). Elle reçoit le 27 mars 1935 une mention au prix de Anna Murray Dike. Son mémoire a comme devise « travail et persévérance ». Il porte sur des monographies de famille dont la situation matérielle et les conditions de vie ont été profondément altérées avec la crise économique. Le prix est remis par Melle Delagrange.
Nommée par le préfet de police de Paris, Roger Langeron, le 8 avril 1935, Simone Monvert est la première assistante de police de Paris. Sa nomination est le fruit d’un long travail de lobbying auprès du Conseil municipal de Paris par le Conseil national des femmes françaises et de femmes engagées dans la lutte pour l’égalité des hommes et des femmes comme Georgette Barbizet, Margueritte Pichon Landry, Hélène Campinchi et Cécile Brunschvicg.
Avec sa collègue Berthe Rolland, elles forment la première brigade féminine de la police municipale. Le choix des candidates se fait en fonction de leur formation et de leur capacité physique : elles doivent être issues du corps des assistantes sociales et être en bonne condition physique pour mener à bien le travail sur la voie publique. Leur mission principale couvre la protection de l’enfance, notamment dans la répression du vagabondage scolaire. Elles peuvent exercer le droit d’arrestation et d’amendes mais sont interdites du port d’arme. Elles sont placées sous l’autorité du préfet et doivent travailler avec les commissaires d’arrondissements. Leur mission va au-delà des enquêtes sociales puisqu’elles sont amenées à travailler sur la voie publique en surveillant notamment les sorties d’école, les jardins, les gares. Ce qui constitue une véritable révolution, la voie publique étant le domaine des hommes et de la prostitution. Leur uniforme, confectionné par la Belle Jardinière, est très proche de celui de assistantes sociales : manteau de teinte « bleu préfecture », uniforme constitué d’une veste et d’une jupe bleue, chemisier bleu clair, un chapeau de feutre et un insigne de la Ville de Paris. Certaines des candidates refuseront de porter l’uniforme et se désisteront.
Simone Monvert devient membre du club des Soroptimist de Paris 1er juillet 1936, club présidé par Suzanne Noel, la célèbre chirurgienne esthétique, club qui a pour mission de créer un réseau des femmes actives professionnellement.
Fin 1938, cette brigade d’assistantes de police sera constituée de 5 femmes : Simone Monvert, Berthe Rolland, Jeanne Begou, Odile Rieder et Huguette Laurent.
Avec l’entrée en guerre en septembre 1939 et après l’épisode de l’exode en mai et juin 1940 où les assistantes de police ont été fortement mobilisées, Simone Monvert décide de partir de la préfecture de police en octobre 1940. Elle rejoint le Secours National à Amiens comme assistante principale.
En 1942, elle commence un traitement médical à l’hôpital de Villejuif ou elle est suivie par le professeur Gustave Roussy. Elle fera plusieurs séjours de convalescence au préventorium de l’abbaye de Valloires dirigé par Thérèse Papillon.
Elle décède à Paris le 7 août 1944 à l’âge de 39 ans.
Simone Monvert a tenu le journal de son activité au sein de la police municipale, des prémices de sa nomination à l’automne 1934 au 31 décembre 1938.
HOVANESSIAN Sophie (juin 2025)
Sources
Geneviève Pruvost, De la sergote à la femme flic, une autre histoire de l’institution policière, 1935-2005. Édition La découverte 2008
« L’accès des femmes à la violence légale. La féminisation de la police (1935-2005) (Bibliographie de l’histoire de France (BHF)) [archive] », sur bahf-psl.obspm.fr
Rolland (B ) Reybier (H. ) et Rolland (B ) Reybier (H. ), « Rolland (B.), Reybier (H.), Mlles. Vers un nouveau régime des mœurs. La police féminine. Son rôle dans la lutte contre le proxénétisme et la prostitution, Paris, Cartel d’action morale et sociale, 1947, 32 p. [archive] », sur criminocorpus.org, 1947
Dossier Prix Murray Dike, mars 1935, archives nationales. Anne Murray Dike