Née le 25 avril 1927 à Mulhouse (Alsace), assistante sociale puis  directrice de l’action sociale des caisses d’allocations familiales de métropole et des Antilles françaises. Expert de la coopération technique internationale et membre du haut conseil de la population et de la famille elle participe à de multiples missions au plan national et international. Auteur de nombreuses publications en lien avec l’action sociale. Elle a occupé différentes fonctions au sein d’associations.

Jacqueline Ancelin est issue d’un milieu assez modeste. Son père instituteur, et sa mère au foyer, les ressources étaient mesurées. Cinq filles sont nées de cette union  (Juliette en 1920, Raymonde en 1923, Marie-Georgette en 1924 et Simone en 1932) .

Monsieur Ancelin (1889-1960) a participé aux deux guerres mondiales. Rappelé en août 1914, âgé de 25 ans, il est détaché en qualité d’instructeur instituteur à Strasbourg. Il sera blessé, et amputé. C’est à cette période qu’il rencontre Lina Hassler, Alsacienne, qu’il épousera le 22 août 1919 à Hausgauen (Haut Rhin).

Durant la seconde guerre mondiale il sert dans les forces françaises de l’intérieur. Arrêté en juillet 1944 par la Gestapo en raison de son activité de résistant, puis déporté à Buchenwald, il sera rapatrié en mai 1945. Cette période aura sans doute marqué Jacqueline et sa famille par ses incertitudes économiques et affectives. Le couple s’installe  dans l’Aisne, département d’origine de M. Ancelin où se déroulera l’enfance de Jacqueline et de ses sœurs.  Il sera successivement professeur adjoint à l’école primaire supérieure de Mulhouse, puis à l’école supérieure de Chauny. Il est promu officier de l’instruction publique. Jacqueline Ancelin suit sa scolarité au collège de Chauny où elle obtient son baccalauréat en 1945. Admise à l’école de service social de Montrouge à Paris l’année suivante, elle bénéficie d’une bourse d’études. La formation est jumelée avec des études d’infirmières, et Jacqueline sait qu’elle optera pour le métier d’assistante sociale. Sitôt son Diplôme d’État, obtenu sans doute en 1947, elle part pour Boston, à l’université d’Harvard aux États unis grâce à une bourse d’études délivrée par la fondation Rockefeller avec laquelle l’école de Montrouge est en relation. Elle y obtiendra un diplôme en politique de santé publique. La traversée de l’Atlantique se fait en bateau, Jacqueline quitte famille et amis qu’elle sait ne revoir que deux ans plus tard. Il fallait un brin d’audace et une certaine personnalité pour s’embarquer ainsi  loin de sa famille et de ses repères. Elle conserve un excellent souvenir de cette période et de sa formation coordonnée par une demoiselle Rice, véritable opportunité dans le contexte de cette époque. A Harvard elle côtoie un groupe d’une dizaine d’étudiantes venant de différents pays, ce qui sera pour elle source d’enrichissement.

De retour en France, il lui faut rembourser le contrat signé pour ses études à l’école de Montrouge. Elle travaille alors comme assistante sociale au service d’hygiène mentale de l’hôpital de Soissons. En 1961 elle occupe le poste d’Assistante sociale chef du centre de guidance infantile. Ce seront là ses seules années en tant qu’assistante sociale de terrain. Libérée de son contrat, sa formation en santé publique lui permet d’intégrer l’Union Nationale des Caisses d’Allocations Familiales comme agent de direction. L’UNCAF a un rôle de conseil et d’information des CAF et est chargée de la coordination de leurs activités.

Conseillère technique, Jacqueline Ancelin a la responsabilité de l’action sociale familiale dans les caisses françaises et des Antilles, dont la mission est de proposer des équipements et des services afin de permettre aux familles de concilier vie familiale, professionnelle et sociale. Également chargée des questions de recherche sociale elle crée en 1961 un bureau dédié. Dans cette fonction à la fois technique et administrative, elle représente l’UNCAF au regard de la recherche et des chercheurs, coordonne les activités de recherche,  auxquelles elle participe et qu’elle diffuse. En 1961, elle co-dirige une enquête de grande ampleur, avec un sociologue, un pédopsychiatre, un psychologue et une assistante sociale. Décrire le contexte de cette étude montre combien Jacqueline Ancelin a eu le souci de mettre en valeur les compétences des assistantes sociales dans un domaine qui n’était pas le leur à cette époque. Vingt-cinq CAF gèrent des maisons accueillant des enfants en difficultés familiales. Elles souhaitent mesurer  l’efficacité du service rendu en vue de mieux orienter leurs politiques en matière de placement. Le bureau de recherche de l’UNCAF se saisit de l’étude. Environ 900 Assistantes Sociales y contribueront  pendant un an, en renseignant un questionnaire pour chaque enfant admis dans l’une des maisons d’enfants. La participation dans l’équipe de recherche d’une assistante sociale conduit Jacqueline Ancelin à s’interroger à la fois sur les difficultés mais aussi sur l’intérêt d’avoir intégré cette professionnelle. Elle rendra compte de ses réflexions lors d’un congrès, et sa communication intitulée « L’assistante sociale dans une équipe de recherche » sera publiée par l’ANAS. Elle y expose quel peut-être le rôle de l’Assistante sociale dans une équipe de recherche, plaidant pour une collaboration constructive. Le manque de formation aux techniques de recherche des Assistantes Sociales constituent une première difficulté. La question du statut dans l’équipe de recherche est également abordée. N’ayant pas celui d’universitaire elle a observé les difficultés de l’Assistante sociale pour se sentir en sécurité professionnelle et personnelle. Elle aborde aussi la question du positionnement professionnel de l’assistante sociale devenue chercheur, qui nécessite de prendre du recul pour aborder différemment les problématiques sociales. Dans un deuxième temps, elle souligne ce qu’a apporté le service social à la recherche menée par l’UNCAF (vue globale et connaissance pratique et théorique des problèmes sociaux, expérience et méthodes de travail auprès des individus et des groupes).

Ainsi, Jacqueline Ancelin s’est investie dans des activités de recherche à une époque où peu d’Assistantes sociales s’y sont aventurées. Elle est allée plus loin en menant une réflexion sur la place du service social dans la recherche. Son approche de la « recherche sociale » qu’elle décrit comme l’étude méthodique, et scientifique des problèmes sociaux en recourant à divers sciences sociales ou humaines dans une multidisciplinarité est moderne et reste d’actualité. En ce sens elle apparaît comme précurseur de ce qui se développera plus tard sous le vocable de Recherche en travail social (RETS). En ce début des années 60 elle y voit un nouveau secteur d’activité dans lequel les Assistantes sociales pourraient s’engager, activité qu’elle souhaite promouvoir en raison de la valeur ajoutée apportée par le service social. Elle défend la nécessaire formation spécialisée qui doit préalablement être intégrée aux études. Il faudra encore bien des années avant que cela advienne, que les centres de formation développent l’initiation à la recherche à la faveur de la réforme du DESS en 1980.

Au cours de sa carrière, Jacqueline Ancelin a manifesté des dispositions dans de nombreux domaines. Elle a contribué aux travaux menés par le Haut conseil de la population et de la famille, créé en 1939. Organisme de recherche constitué d’experts, ce comité est rattaché à la présidence de la République depuis 1985. Chargé de donner au gouvernement des avis sur l’ensemble des grands problèmes de population au niveau national, il a joué un rôle important dans la politique de population, a inspiré le code de la famille, l’office national d’immigration ou encore la politique de la vieillesse.

Jacqueline Ancelin s’est investie tout au long de sa carrière dans des activités associatives, elle a été vice-présidente du SSAE et du service social international.

Auteur, elle a rédigé et contribué à de nombreux articles et ouvrages. On doit à Jacqueline Ancelin deux ouvrages majeurs qui retracent l’histoire de l’action sociale familiale de la CAF au cours du XX e siècle, en Métropole et dans les DOM. Elle y retrace la constitution et les orientations de l’action sociale des caisses de compensation puis des caisses d’Allocations familiales ce qui permet de mieux comprendre les origines et ce qui a guidé leurs politiques sociales au fil du temps. Elle a continué a publié bien après sa retraite prise en 1987, sa dernière publication date de 2004.

                                   BOCQUET  Dany      avril 2023

Sources : Cette biographie a été écrite  suite à un entretien avec Madame Ancelin qui a eu lieu en octobre 2022

Bibliographie :

Livres

Histoire de l’action sociale familiale dans les départements d’outre-mer.  Comité d’histoire de la sécurité sociale / Paris : Association pour l’étude de l’histoire de la sécurité sociale, 2000.

L’action sociale des caisses d’allocations familiales : histoire et bilan 1946-1983     Paris CNAF 1983

L’action sociale familiale et les caisses d’allocations familiales : un siècle d’histoire.  Comité d’histoire de la sécurité sociale, Paris, Association pour l’étude de l’histoire de la sécurité sociale , 1997.

Le travail social des caisses d’allocations familiales.[et al.] Paris : Caisse nationale des allocations familiales, 1988.

Regards sur les prestations familiales. Jacqueline Ancelin, François Bihler, Yannick d’Haene,… [et al.] Paris, Librairie sociale et économique , 1985.

La carence de soins maternels : les effets de la séparation et la privation de soins maternels sur le développement des jeunes enfants. Jenny Aubry, avec la collaboration de Jacqueline Ancelin, Geneviève Appell, Anne-Marie Bley,… [et al.], Paris, Presses universitaires de France , 1955

Action sociale et migration : expérience et méthodes d’un service social spécialisé / SSAE ; Suzanne Roux (dir.) ; postface de Jacqueline Ancelin, Paris, Éd. L’Harmattan,  2005.

Documents et Articles :

D’hier à aujourd’hui: l’action sociale des jeunes CAF des DOM. Revue des politiques sociales et familiales, 2004, vol. 75, no 1, p. 49-60.

L’action sociale familiale des CAF : de la libre initiative aux missions de service public. Revue des politiques sociales et familiales, n°68-69, 2002, pp5-16.

Vie professionnelle, logement et vie familiale [Texte imprimé] / Haut conseil de la population et de la famille / Paris : Documentation française, 1992

L’action sociale de la branche famille. Droit social, 1985, no 5, p. 438-447.

L’action sociale et familiale des caisses d’allocations familiales. ANNEES DOCUMENTS CLEIRPPA, 1985, no 153, p. 3-5.

Les centres aérés des caisses d’allocations familiales : de la garderie d’été….au centre permanent de loisirs / J. Ancelin, E. Mariot, S. Monneret-Thevenin…[et al.] / [S. l.] : Caisse nationale des allocations familiales , impr. 1973

Communication d’une expérience de travail en équipe dans le domaine de la recherche » Feuillets de l’ANAS n° 57 1er trimestre 1963