
Fondatrice des Œuvres de la Croix Saint Simon (Paris), Marie de Miribel a fond et développé une large action sanitaire et sociale dans le quartier de Charonne où elle s’est établie à plein temps. Elle a fondé un hôpital mais aussi des vestiaires, jardins d’enfants, secrétariat social, école d’infirmières et d’assistantes sociales. Pendant de nombreuses année elle a été membre du conseil d’administration de la Fédération française des centres sociaux
Marie de Miribel est née en 1872. Elle est la fille du général Marie François Joseph Copin de Miribel (1831-1893), chef d’Etat-Major général de l’armé et d’Henriette de Grouchy (1844-1923) ; elle est la troisième des 8 enfants de ce couple d’origine aristocratique.
Elle fait des études au couvent de la Visitation Après la fin de ses études elle rencontre l’abbé de Gibergues fondateur avec l’appui de l’archevêque de Paris , à la fin du XIXe siècle, de l’organisation catholique « Missions diocésienne » L’objectif est de ramener à l’Eglise les populations ouvrières de la banlieue. L’abbé organise dans chaque secteur des missions de trois semaines, avec conférences et débats contradictoires. Dans la paroisse de Saint Germain de Charonne, où officie l’abbé de Gibergues comme dans les autres paroisses où existent les missions diocésiennes des prêtres parcourent le quartier pour rencontrer la population et prêcher. En 1898, pour donner plus d’impact à ces interventions, l’abbé mobilise des jeunes femmes et des jeunes filles qui, quinze jours avant la venue des missionnaires, et pendant toute la durée de la mission, font du porte à porte, distribuent des tracts, incitent les habitants à venir aux réunions et recensent les misères à soulager. Marie de Miribel est de celles qui répondent à son appel. Elle participe à plusieurs missions.
Proche de noël 1900, elle arrive ainsi pour quelques semaines à Charonne, dans le 20e arrondissement. Charonne est un quartier périphérique de Paris ayant la réputation d’être assez mal famé, notamment en raison de la présence de ce qu’on appelait à l’époque les « apaches ». Priant avec mademoiselle de Grandchamp, comme elle le déclare bien après elle prend une décision qui orientera ses années futures « Il nous semblait impossible de quitter Charonne, d’abandonner cette population si déshéritée, si attachante, qui nous avait spontanément accueillies avec tant de sympathie ; et pourtant nous nous étions engagées pour aller de paroisse en paroisse, au service des Missions… Que faire ? nous restions perplexes. Enfin après une prière intense notre résolution fut prise : sans abandonner les Missions nous continuerions à venir à Charonne. » Elle s’attache au quartier et commence à organiser des visites aux pauvres et à donner des leçons de catéchisme aux midinettes sur un banc. C’est là le début de son intervention sur le quartier ; comme elle le dira« ce banc n’était pas des plus pratiques, combien l’on désirait sans jamais oser l’espérer, avoir un gîte… les souhaits allaient leur train… que ce serait commode, quel bien se réaliserait avec deux modestes pièces. On pourrait réunir les gens, déposer les paquets de vêtements, si lourds parfois ; on pourrait garder les provisions, les remèdes à distribuer, etc… Que de rêves s’échafaudaient autour de ce logis imaginaire. On devait l’attendre bien des années… mais alors, comme toujours à Charonne la réalité dépassa le rêve. » La volonté de s’établir à plein temps dans ce quartier finit par se réaliser un terrain lui est offert au 9 rue de la Croix Saint Simon et, sur ce terrain, elle inaugure le 13 mai 1906 la Maison de l ‘Union d’abord dans un objectif d’évangélisation. Il s’agit d’un petit pavillon de quatre pièces et d’un hangar. L’année suivante est ouvert un vestiaire, un « secrétariat social » et un dispensaire qui organise des visites à domicile, puis quelques lits d’hospitalisation s’adjoignent au dispensaire. Se constitue ainsi le noyau des futures « Œuvres de la Croix Saint-Simon » Vivant sur place, elle développe son action aidée d’une amie, Mlle de Grandchamp, et ne se contente plus de visites à domicile. Elle crée une entreprise pour fournir du travail à domicile aux femmes du quartier, avec un magasin de vente rue de Berri. Elle est très préoccupée par les problèmes du logement, crée une caisse des loyers et explore systématiquement le quartier pour que soient attribués aux mal-logés les appartements qui se libèrent. Le dispensaire connait un rapide développement : en 1907, trois médecins et douze infirmières y travaillent ; en 1908, il y a six médecins. En 1912, le don d’un nouveau terrain, rue Mouraud, lui permet de créer un dispensaire antituberculeux. Ce sont les débuts de ce qui sera l’hôpital de la Croix Saint Simon.
Comme de nombreuses femmes qui ont marqué l’histoire du service social, durant les années 1914-1918 Marie de Miribel est infirmière sur le front. Elle refuse la croix de guerre tout comme, plus tard elle refusera la légion d’honneur. Après la guerre elle reprend son activité sur le quartier qui a commencé à se transformer, passant de 40 000 habitants avant-guerre à 70 000 dont une nombreuse population ouvrière. En en 1919, on lui confie la gestion des deux crèches de l’arrondissement. En 1920, elle ouvre un premier hôpital de douze lits, qui ne cessera de se développer. Le 26 décembre 1922 ; la Fondation des Œuvres de la Croix Saint Simon est reconnue d’utilité publique.
En 1922, représentant la « maison de l’union », elle est élue au conseil d’administration de la Fédération française des centres sociaux. Deux ans après elle présente à la réunion de la Fédération française des centres sociaux l’action sociale et éducative des œuvres de la Croix Saint Simon : : cercles d’hommes, cercles de femmes, bibliothèque, jardin d’enfants, patronages et colonies de vacances, cantines. Parallèlement elle continue à développer l’hôpital. En 1924, est créé un service antivénérien et une section maternité et un service de nourrissons sont développés.. En 1927, l’œuvre de la Croix-Saint-Simon devient un pôle de lutte anticancéreuse. Cette même année 1927 elle devient la directrice des œuvres de la Croix Saint Simon.
En 1928 elle est membre du Comité français d’organisation de la 1ère conférence internationale de service social,. Et en juillet 1928 elle fait partie, en tant que directrice fondatrice des Œuvres de la Croix Saint Simon, de la délégation française à la Conférence Internationale de Service Social.
En 1933 elle fait appel aux Franciscaines Missionnaires de Marie pour leur confier l’Hôpital ; et, en octobre 1933, elle fonde une école d’Infirmières et d’Assistantes Sociales, ainsi qu’un deuxième jardin d’enfants.
En novembre 1936,elle est élue membre du Conseil d’administration de la Fédération française des centres sociaux. Poursuivant son action de directrice des Œuvres de la Croix Saint Simon, elle est élue, en 1939, vice-présidente de l’Union des Œuvres du XXe arrondissement de Paris. Durant les années 1940-1944, elle a été désignée conseillère municipale de Paris, représentant le quartier du Père Lachaise.
En janvier 1942, la directrice du service social de la Croix Saint Simon, Mlle de Paillerets décrit d’une manière détaillée les activités de la Croix Saint Simon. Pour les enfants un Centre d’Hygiène maternelle et infantile organise un suivi des enfants et des jeunes, touchant une population de 5000 enfants. Quant aux familles elles ont à leur disposition une crèche avec 50 berceaux, deux jardins d’enfants pour une centaine de moins de sept ans, un groupements de jeunesse :de 900 filles et garçons (culture physique, sports, chorale, promenades, cercles d’études), .un enseignement d’arts ménagers, et des colonies de vacances. Pour les adultes l’orientation est surtout sanitaire : dispensaire médico-chirurgical avec consultations de spécialités, traitements et soins à domicile, service antivénérien,. dispensaire antituberculeux et hôpital de chirurgie de 100 lits. Mais il y a aussi des cercles d’hommes et cercles de femmes comprenant plus de 500 membres, des cercles de jeunes mères, un groupement de femmes de prisonniers en liaison avec la « Famille du Prisonnier ». ainsi qu’un accueil aux anciens de Charonne. Pour les familles ont été mis en place une bibliothèque à l’usage des adultes et des enfants et des équipes d’entraide ouvrière ;des réunions familiales sont régulièrement organisées.. L’assistance à la population a une assez grande place en ces temps de pénurie : travail à domicile, ouvroir, vestiaire, soupes « nationales » servant de 800 à 1.300 repas par jour, goûter substantiel pour femmes enceintes et mères nourrices, prêts de draps et de malles d’accouchement. Quant au service social proprement dit il organise des permanences régulières ; l’assistante sociale sert de liaison entre les différentes activités de l’Œuvre et les familles. En 1939 le service social fait la liaison avec le département de l’Yonne, qui accueille les familles évacuées du quartier et accueillent en gare, au moment de l’exode, les refugiés fuyant l’avance des troupes allemandes.
Pendant cette période et les année suivantes Marie de Miribel reste à la direction des Œuvres de la Croix Saint Simon En 1954 elle est réélue administratrice de la FCSF pour 3 ans lors de l’AG de la FCSF du 30 avril 1954. Réélue elle en démissionnera en 1959 peu de temps avant son décès. Elle décède à la Croix Saint Simon le 7 novembre 1959 à l’âge de 87 ans.
PASCAL Henri juin 2024
Sources :
-Notes de Jacques Eloy
-Bulletin de la Paroisse de Saint Germain de Charonne 2019
-Notice de la Fondation de la Croix Saint Simon
-https://temps.h.blogspot.com/2017/03/4-femmes-qui-ont-fait-lhistoire.html
-Mlle de Paillerets Le service social de la Croix Saint Simon Revue des établissements et des œuvres de bienfaisance Revue philanthropique Revue d’Assistance Janvier 1942