Elisabeth Hirsch (Böegi), née le 5 janvier 1913, à Sighisoara, en Transylvanie alors hongroise. Emigrée en France en 1930, elle est assistante sociale de formation. Interne au home israélite de jeunes filles de Laure Weil, elle suit l’école de formation sociale et jardinière d’enfants sous la direction du professeur Gemaehling  à Strasbourg. Assistante sociale depuis 1934, elle travaille à la fois au Service social des œuvres de la baronne Germaine de Rothschild  et en particulier au patronage de la rue Julien Lacroix et au dispensaire non juif de Saint-Ouen. Elle est naturalisée quelques mois avant la guerre. En septembre 1939, la baronne de Rothschild délègue deux assistantes et deux infirmières, dont Böegi à la préfecture de Blois pour l’accueil des réfugiés évacués de la région parisienne, puis en juin 1940, elle est déléguée du SSAE  au camp de Gurs avec Ninon Haït jusqu’en mars 1941. Andrée Salomon qu’elle a connue à Strasbourg la fait entrer à l’OSE, dès le 1er août 1941, pour ouvrir le bureau d’assistance médico-social de Lyon, 19 rue Gentil, qui sera dirigé par Charles Ledermann, à partir de novembre . Elisabeth Hirsch en devient l’assistante sociale principale chargée du travail social à Lyon. Il s’agit d’accueillir les familles nécessiteuses pour leur procurer les premiers secours matériels et médicaux, mais également assurer le placement des enfants. A partir d’avril 1942, le centre se lance dans des actions illégales pour fournir des faux papiers aux étrangers en lien avec les Eclaireurs israélites et l’Abbé Glasberg de l’Amitié chrétienne.

C’est à ce titre qu’elle participe au sauvetage des enfants de Vénissieux  dont certains sont dispersés personnellement par elle dans la région de Grenoble, située en zone d’occupation italienne, autre plaque tournante du sauvetage des enfants. Puis, elle coordonne le travail social régional entre Lyon et Grenoble en impulsant la création d’un large réseau d’assistance pour le sauvetage des enfants. Elle met en route les premiers départs d’enfants isolés pour la Suisse qu’elle convoie depuis Lyon. Il s’agit d’enfants touts petits, pris en charge conjointement avec le SSAE.

Lorsque l’OSE aura sa propre filière d’évacuation d’enfants vers la Suisse, mise en place par Georges Loinger, en 1943, Elisabeth Hirsch est à la tête d’une équipe de 6 assistantes pour organiser le départ des enfants des maisons de l’OSE de la Creuse. Sous le nom d’Henriette Ducom, domiciliée à Moissac, elle est chargée d’organiser l’accueil des enfants à Grenoble, puis leur passage par la Savoie. Elle a ainsi réceptionné à Grenoble et à Chambéry divers convois d’enfants et de femmes enceintes que l’OSE et le Mouvement de la jeunesse sioniste (MJS) avaient évacués en urgence de Nice, en octobre-novembre 1943, au moment de l’arrivée de la Gestapo.

Lorsque la filière suisse est interrompue, la mission d’Elisabeth Hirsch consiste à retourner dans la région parisienne, pour trouver de nouvelles caches pour les enfants de zone sud. Elle prend contact avec l’équipe de l’OSE zone nord et des personnalités comme l’abbé Viollet, directeur des œuvres du Moulin-Vert  et le professeur Louis Tanon, professeur de médecine .

Sa dernière mission de la guerre, en juillet 1944 concerne l’évacuation d’enfants vers l’Espagne pour partir en Palestine en vue de leur regroupement familial. 72 enfants, arrivés par petits groupes à travers les Pyrénées, ont ainsi embarqués sur le « Guinée » depuis Cadix, accompagnés jusqu’au bout par Elisabeth Hirsch qui, membre de l’AJ  avait la responsabilité de l’opération depuis Toulouse, avec l’aide du Joint. Elle eut malheureusement beaucoup de difficultés à rentrer en France, étant partie sans papiers d’identité. Son rapatriement autorisé par le ministère de l’intérieur date d’avril 1945, après une enquête la concernant.

Elle reprend son travail d’assistante sociale, avant de repartir à l’étranger. En janvier 1947, l’Union-OSE l’envoie en Europe de l’Est pour une mission en Hongrie et Roumanie afin de nouer des contacts avec les branches locales de l’organisation avec un programme d’aide aux familles juives nécessiteuses sous forme de parrainage, adoptions ou regroupement familial. La guerre froide va mettre fin à ces velléités, mais plusieurs centaines de familles pourront venir en France.

En 1947, elle encadre un groupe de 25 jeunes de Buchenwald  pour les préparer à leur émigration en Amérique. L’année d’après, elle part 6 mois aux Etats-Unis, avec une bourse de l’IRO, l’Organisation Internationale pour les Réfugiés, pour prendre contact avec les associations sociales et familiales susceptibles d’accueillir des orphelins de France dont les Buchenwaldiens. À partir de 1949, elle se fixe à Paris et accepte de diriger jusqu’à sa retraite un foyer de jeunes, le Refuge de Neuilly, remis en état par les Eclaireurs israélites .

Le Refuge israélite de Neuilly est un ancien orphelinat juif fondé par Coralie Cahen . Puis l’orphelinat est repris par un Comité directeur. Des photos prises en 1939 montrent des petits, au crâne rasé en blouses noires, bras croisés comme cela se faisait encore à l’époque. Un monde les sépare des maisons d’enfants d’après-guerre ! Au moment de la débâcle, les enfants sont transférés dans la maison de Crocq, dans la Creuse et le comité part aux Etats Unis. La maison abandonnée est occupée par l’armée allemande.

Lorsque Böegi en reprend la direction, elle se heurte tout de suite au Comité de bienfaisance qui ne comprend ni le tutoiement ni le style de la maison. Il existait deux bâtiments, l’un pour les petits pris en charge par Fanny Alter, l’autre pour les adolescents de Moissac venus faire leurs études. Ils sont une cinquantaine à laquelle il convient d’ajouter quelques jeunes filles de bonne famille originaires d’Afrique du Nord.

Les débuts difficiles, sont évoqués avec nostalgie : pas d’argent pour faire la peinture, chaque garçon tapissait sa chambre avec du tissu acheté au marché Saint Pierre. La gestion matérielle était décidée en commun et le gramophone jugé plus essentiel que des matelas. Là encore ces jeunes ont été ses enfants, une trentaine d’eux, se sont mariés au foyer, qui est resté leur point d’ancrage.

SOURCES :

  • Élisabeth Hirsch, Dossier du personnel, Archives du siège de l’OSE.
  • Hazan Katy, Les orphelins de la Shoah, les maisons de l’espoir (1944, 1960), édit. Les belles lettres, 2003.
  • Les anciens de la Résistance (sous la direct. De), L’Organisation juive de Combat, édit. Autrement, 2002.

Katy Hazan