Myriam David passe à Paris toute son enfance et son adolescence avec ses sœurs aînées, Christiane et Monique et fait ses études au lycée Molière. Son père est à la tête d’une petite entreprise de fabrique d’imperméables qu’il a fondée. La famille, ne pratique pas le judaïsme et n’observe pas les grandes fêtes religieuses juives mais en revanche, elle est attentive aux manifestations d’antisémitisme et aux événements liés à l’avènement du nazisme en Allemagne. Myriam David fait sa médecine, est nommée externe des hôpitaux de l’Assistance Publique, et passe deux ans en pédiatrie. Compte tenu des évènements dramatiques, elle soutient sa thèse de doctorat en médecine en 1942, deux jours avant rafle du Vélodrome d’Hiver. Elle quitte alors Paris et rejoint sa famille dans la zone libre du sud de la France.

De 1942 à 1945, elle entre dans la clandestinité et rejoint  à Lyon le mouvement combat puis le réseau Résistance-Fer à paris où elle est agent de liaison jusqu’à son arrestation par la Gestapo, le 26 décembre 1943 ; déportée à Auschwitz-Birkenau,  avec sa sœur où  elle intègre l’hôpital du camp « Le Revier » comme médecin, expérience qu’elle décrit comme une descente aux enfers, elle est transférée fin aout 1944 au camp de Taucha, annexe de Buchenwald, d’abord office de médecin, puis travaille à l’usine avec sa sœur. En avril 1945, c’est l’évacuation du camp et la longue marche, épuisante, périlleuse, désespérante. Les sœurs faussent compagnie à leurs gardiens le 1er mai. Myriam David regagne Paris au début du mois de juin 1945. Ce n’est qu’en 1978,  alors qu’elle est à Kirkenes en Norvège  pour parler du placement familial spécialisé, qu’elle a fait le premier récit de sa déportation. Au cours d’un dîner d’adieux dans un climat chaleureux et en anglais, au terme d’un récit émouvant avec des Américains à la recherche de leurs racines européenne, elle est interrogée sur le matricule découvert par l’un d’eux, et fait son récit. « C’est la première fois », a-t-elle dit très bouleversée, surprise de « s’être laissée aller ». Elle dira également plus tard avoir pris conscience pendant la guerre, et à travers son expérience concentrationnaire, du fait que les soins apportés au corps sont déjà en eux-mêmes une manière essentielle de prendre soin du psychisme.

Myriam David éprouve les pires difficultés à reprendre pied dans la vie. Elle travaille dans des dispensaires mais se sent piètre médecin, aussi elle effectue des lectures spécialisées pour se mettre à niveau .De 1946 à 1950, Myriam David  bénéficie d’une bourse qui, après un court séjour à Baltimore, lui permet de s’orienter vers la psychiatrie de l’enfant à Boston. Elle travaille et se forme à la Judge Baker Guidance Clinic ainsi qu’au Child Centre James Jackson Putnam tout en débutant sa formation psychanalytique personnelle à l’Institut de psychanalyse de Boston.

Pionnière de la psychothérapie des enfants.

En 1950, de retour à paris, elle ouvre une consultation psychothérapeutique à l’hôpital Necker-enfants malades dans le service du professeur Robert Debré. Mais, dès cette époque, son travail principal se passe dans une pouponnière. Elle est  en effet  profondément touchée par l’état dramatique des bébés et les conditions inhumaines dans lesquelles ils sont traités, n’ayant jamais pu se faire à l’idée « qu’on fasse semblant de ne pas savoir ». Myriam David accepte d’emblée l’offre de Jenny Aubry-Roudinesco  qui a pour  objectifs d’organiser la recherche sur les carences et les séparations précoces, d’introduire la psychothérapie d’enfants, de superviser l’équipe. Cette recherche allie une observation médicale, la passation du test de Gesell, une observation psychologique, une anamnèse très détaillée, la prise en compte du milieu familial. En 1959, Serge Lebovici lui demande de le rejoindre dans le secteur du 13e arrondissement de Paris (devenu, par la suite, très importante dans le champ de l’organisation de la santé mentale). De 1966 à 1983, Myriam David fonde et dirige le centre Alfred-Binet, placement familial de Soisy-sur-Seine. Elle s’efforce d’intéresser très vite les premières équipes à la prévention précoce du nourrisson par son observation dans les centres de PMI et les crèches du XIIIe.

En 1962, avec l’aide de John Bowlby (psychiatre  britannique, célèbre pour ses travaux sur l’attachement), qui les invite aux colloques de la fondation Cba (1961, 1962 et 1963) et avec la collaboration de Geneviève Appell (psychologue qui a travaillé plus de vint ans  avec Myriam David), elle obtient une bourse de l’OMS afin de faire une étude sur les « enfants séparés de leurs mères les trois premiers mois de leur vie et ce jusqu’à leurs 4 ans ». De telles études n’avaient encore jamais été réalisées en France. Aussi elles apparaissent toutes deux comme de réelles pionnières et sont les seuls auteurs français à être cités par J. Bowlby dans son travail

Myriam avait pu, dès 1966, toujours à la demande de Serge Lebovici, installer le « placement familial spécialisé » à Soisy-sur-Seine dans une petite maison à côté de l’hôpital du XIIIe, « L’eau vive » , institution faisant partie intégrante de l’association pour la santé mentale.. Les équipes du Centre s’y déplaçaient et, avec elle, discutaient déjà du maintien ou de la rupture des liens et des conditions nécessaires pour que la séparation constitue un soin !

En 1976, en sa qualité de directrice du centre Alfred-Binet, Mme Lestour fait affecter le don important d’un patient étranger à la création de l’« unité des petits ». Installée dans un premier temps dans la salle d’attente du centre Alfred Binet, au grand scandale des équipes, cette unité a travaillé discrètement pendant plusieurs mois derrière un rideau ! Avec Myriam, nous avons fait courageusement, mais avec détermination, le long parcours administratif de la Sécurité sociale à la Cnam et à la préfecture de Paris pour obtenir la création et le financement de cette institution novatrice au sein de la Fondation de Rothchild ! « l’Unité des jeunes enfants » sera ensuite dirigée par Françoise Jardin, sur le modèle du Child Center James J. Putnam et selon des principes assez proches de ceux qui seront développés plus tard par Selma Fraiberg dans l’optique de son travail avec des familles d’accès difficile (hard to reach families).

D’aucuns se demandent pourquoi Myriam David n’a pas rejoint Françoise Dolto. Mais son expérience thérapeutique aux États-Unis, des divergences d’école et de théorie, de tempérament, l’a engagée dans une voie personnelle de recherche débouchant sur la thérapie du « être avec ». Ce n’était pas tant « l’état de l’enfant » qui la passionnait que ses capacités d’évolution, son potentiel de résilience…

Ainsi, profondément touchée par l’état dramatique des  nourrissons et par les conditions inhumaines dans lesquelles ils sont traités, n’ayant jamais pu se faire à l’idée « qu’on fasse semblant de ne pas savoir », elle n’a eu cesse de travailler à traiter et à faire reconnaître la souffrance psychique des enfants abandonnés, maltraités. D’esprit novateur et indépendant, elle a contribué à ouvrir des institutions de traitements d’enfants,

Apport et Soutien au travail social

Dès son retour des États-Unis où elle s’était intéressée au« case-work, Myriam David espérait trouver chez les Assistantes sociales françaises des collaboratrices privilégiées pour la prévention de la santé mentale du tout-petit.

Particulièrement dès 1963, Myriam David a compris et soutenu les Assistantes de Service Social dans le nouveau rôle qu’elles ont à  jouer dans le champs de la protection de l’enfance : repérer et signaler. Elle a compris leur souffrance lorsque se pose le problème de la protection des enfants et de leur éventuelle séparation de leurs parents. Elle soutenait tous ceux qui accueillent ces enfants et leurs familles, leur reconnaissant la grande difficulté à établir des relations à la fois chaleureuses et professionnelles avec chacun.  Ainsi ouvre-t-elle une session de formation : « Toutes les assistantes sociales savent qu’il ne suffit pas de rentrer dans une famille, qu’il n’est pas question de la diriger, mais qu’il faut que vous compreniez le cœur de ses problèmes. Tel est le dilemme auquel vous êtes exposées quotidiennement avec un sentiment de responsabilité très lourd mêlé souvent d’un sentiment d’impuissance, partagées que vous êtes entre le désir et la crainte de maintenir un enfant dans sa famille ou de le placer. Au cours de ces séances de perfectionnement, nous voudrions vous apporter des connaissances susceptibles de vous aider dans votre action » comme la rappelé Marceline Gabel.

Connaissant le « case-work », elle leur enseigne et les supervise à la SNCF, à l’UNCAF, puis dans différentes écoles et y a introduit (avec bien du mal) les bases de la psychologie dynamique dans les formations et le perfectionnement, élargissant ainsi la capacité d’évaluation des assistants de service social. «  Toutes les professions à caractère social peuvent bénéficier de connaissances psychologiques améliorant leur compréhension des comportements humains » dit-elle ; elles « doivent à leur tour réfléchir à la façon dont elles peuvent les intégrer pour accroître l’efficacité de leur action (…). Intuition, valeur morale, sensibilité ne suffisent pas ! ». Comme le disent ses anciennes élèves/étudiantes, elle était à la fois bienveillante, soutenante, éclairante, mais exigeante ; bref, originale et créative. Persuadée qu’une profession progresse si elle suscite des membres capables de faire évoluer ses objectifs, ses méthodes et de les transmettre, elle a ainsi travaillé, pendant des années, pour mettre en place des formations de formateurs, puis de superviseurs de service ;

Cependant, Myriam David  a compris les risques d’incompréhension du case-work et met très tôt, en 1957, en garde : d’une part contre la méthode vue comme exclusive, alors que ce n’est qu’une des composantes des méthodes du Service Social, complémentaire des autres ; d’autre part contre le case-work vu comme une aide psychologique qui n’est pas du ressort de l’assistante sociale même si c’est une aide totale qui utilise la psychologie pour assurer l’efficacité de l’aide quelle que soit la nature du besoin :  enfin contre l’idée que le case-work aide les individus à s’adapter à des conditions de vie mauvaises et à les accepter, tandis qu’au contraire, il cherche à libérer les forces positives et à utiliser au mieux leurs propres possibilités .

Myriam David est décédée le 28 décembre 2004 à 88 ans dans son appartement du quai aux fleurs à Paris, et son Enterrement eu lieu le 5 janvier 2005, au Père-Lachaise, en présence de nombreuses personnes dont des enfants et familles d’accueil.

Son apport constitue le socle de nombreuses pratiques professionnelles dans le champ de l’enfance, du travail social et de la recherche clinique. Célèbre dans les milieux professionnels français, Myriam David a été un authentique précurseur des travaux sur les interactions mère-enfant en France et a innové un travail institutionnel et de partenariat, mettant en complémentarité parents et professionnels. Elle a écrit une dizaine d’ouvrages et reçu le prix Serge Lebovici. Le service social fut fortement marqué par son empreinte.

Brigitte Bouquet