
Avec un parcours de formation remarquable, dans le domaine du service social et des sciences sociales et humaines, Marie-Thérèse Cécile Lévêque se rend au Portugal en 1935 pour assumer la direction technique de la première école portugaise de service social (l´Instituto de Serviço Social, à Lisbonne), fonctions qu’elle occupa jusqu´en 1946. Avec son action et son charisme personnel, Mlle Lévêque a marqué élèves et professeurs de cette école, et a contribué à l’essor d’une nouvelle activité. Après son retour en France en 1946, elle a un certain temps exercé avant que sa santé et sa situation se dégradent.
Cadre familial, parcours de formation et professionnel (1901-1935)
Marie-Thérèse C. Lévêque est née en 1901 à Charly-sur-Marne, commune au nord-est de la France. D’une fratrie de neuf, elle était la deuxième plus jeune enfant. Son père, Florian Lévêque (1861-19–), était avide de lecture. Fils d’agriculteurs, il s´est élevé socialement au cours de ses études au métier de pharmacien, et avait un intérêt particulier à la politique radicale-socialiste. Propriétaire de la seule pharmacie de Charly-sur-Marne, il possédait également une papeterie et un kiosque dans le même espace, ce qui, au début du xxe siècle, suggérait la nécessité de diversifier l’activité de travail, parfois associée à une situation financière fragile. La mère de Marie-Thérèse, Berthe Jeanne Demarly (1865-1952), n’exerçait pas officiellement de profession, bien que son nom apparaisse sur des photographies de paysage et de la vie quotidienne à Charly-sur-Marne, datant du premier quart du xxe siècle, et imprimées sur des cartes postales. Les parents de Marie-Thérèse, formés à la doctrine catholique, ont transmis les enseignements chrétiens à leurs enfants, même si Florian Lévêque s’est progressivement éloigné de l’Église catholique.
Jusqu’en 1910, Marie-Thérèse a été instruite dans sa maison familiale. À l’âge de 9 ans, elle est entrée dans un pensionnat, à environ soixante kilomètres de Charly-sur-Marne : le Pensionnat de la Croix, à Soissons, qui dispense un enseignement secondaire aux jeunes filles, alliant les finalités d’instruction et d’évangélisation. L’option d’un internat catholique, loin de la famille, est quelque chose qui surprend. D’une part, Charly-sur-Marne possède, depuis 1888, une école publique pour filles ; d´autre part, Florian Lévêque avait longtemps pris ses distances avec la foi catholique, sympathisant même avec la politique radicale-socialiste, marquée par l´anticléricalisme. Par ailleurs, au début du xxe siècle, en France, la formation des filles en internat était réservée aux classes sociales élevées. Appartenant à la petite bourgeoisie, la famille Lévêque aurait fait sûrement un effort financier pour payer les études de la petite Marie-Thérèse.
En 1914, en raison de l’éclatement de la Première Guerre mondiale, Marie-Thérèse revient suivre les études dans sa maison familiale, à Charly-sur-Marne. Parmi les pertes humaines de cette conflagration mondiale figure celle d’Hippolyte Lévêque, frère de Marie-Thérèse, âgé seulement de 17 ans. En 1916, la jeune Lévêque est entrée dans une école catholique à Gagny, l’Institut Jeanne d’Arc, où elle a suivi des études primaires supérieures et a acquis le certificat d’études, le brevet élémentaire et le brevet d’enseignement primaire supérieur.
Peut-être à la suite des tribulations vécues par sa famille pendant la Première Guerre mondiale, Marie-Thérèse a suivi un cours d’infirmières à Paris, entre 1924 et 1925, à l’Union des femmes de France (une société d’assistance militaire qui appartenait à la Croix-Rouge française), où elle a obtenu le diplôme simple d´infirmière. En fait, elle n’exerça comme infirmière qu’à deux reprises : bénévolement, dans les années 1920, à la consultation officielle de puériculture de Charly-sur-Marne ; et professionnellement, pendant quinze jours, en 1925, lorsqu’elle occupa les fonctions d’infirmière sociale à l’usine, à la Société lorraine des anciens établissements (une usine d’automobiles, moteurs d’aviation et matériels ferroviaires, située en périphérie parisienne).
Après avoir terminé sa formation d’infirmière, Marie-Thérèse est entrée à l’École des surintendantes d’usines et des services sociaux, à Paris, où elle a suivi le 16e cours, entre 1925 et1926. La création de cette école est à l’origine des premiers professionnels du service social en milieu de travail. En France, alors que la plupart des écoles de service social étaient d’inspiration catholique, les fondatrices de l’École des surintendantes d’usines étaient attachées à la laïcité et à la promotion de la condition féminine. Au milieu des années 1920, l’enseignement dispensé dans cette école comprenait une formation théorique en sociologie, psychologie, droit, économie et assistance sociale, et une formation pratique mettant en place des dispositifs d’intervention sanitaire et sociale. Le programme des cours contenait des visites sociales et des stages dans des usines, crèches, garderies, villages ouvriers, hôpitaux, instituts prophylactiques, écoles ménagères, résidences pour femmes et dispensaires d’hygiène mentale.
En 1925, l’âge d’admission à l’École des surintendantes d’usines est fixé entre 25 et 45 ans. Marie-Thérèse a fait exception puisqu’elle est entrée à l’école à seulement 24 ans. Les candidates devaient présenter, entre autres, un diplôme d’études secondaires, un certificat d’études en sciences infirmières et deux lettres de recommandation. L’une de ces lettres a été écrite par Jules Deharbe, curé de la paroisse de Charly-sur-Marne, et vient dévoiler que la jeune Lévêque a eu un rôle important dans les œuvres sociales de la paroisse. Le curé met en avant ses qualités de leadership et la dynamisation des cercles d’études pour filles dans le noyau local de la Ligue patriotique des Françaises, qu’elle-même a présidée.
En 1926, après avoir obtenu le certificat d’aptitude aux fonctions de surintendante stagiaire, Marie-Thérèse a rejoint la Société de secours mutuels des garçons de caisse et de recette de la ville de Paris, où elle met en place et vient de coordonner le service social. Cette organisation offrait des services et une pension à vie aux membres qui, en raison de leur âge ou maladie, ne pouvaient subsister par le travail. Tout en exerçant professionnellement, elle en a profité pour enrichir sa formation à l’hôpital Henri Rousselle et aussi à l’École du Louvre. L’hôpital Henri Rousselle, créé en 1922, était le seul établissement public habilité à intervenir à Paris dans le domaine de la prophylaxie des maladies mentales. Sous l’élan du psychiatre Édouard Toulouse (1865-1947), cet hôpital a proposé de former des infirmières et des assistantes sociales spécialisées en prophylaxie mentale. Les sources documentaires consultées ne précisent pas le cours suivi par Mlle Lévêque dans cet hôpital, mais elles montrent qu’elle a acquis en 1928 un certificat d’études psychotechniques. À son tour, à l’École du Louvre, on suppose qu’elle a suivi le cours public d’histoire générale de l’art, une fois qu’elle a acquis, en 1919, le certificat d’études en histoire de l’art.
Entre 1929 et 1934, Marie-Thérèse a travaillé comme surintendante aux usines Citroën, fondées par André Citroën (1878-1935), l’un des premiers industriels à favoriser l’intégration de surintendantes en contexte d´usine. Pendant qu’elle travaillait dans cette unité industrielle, son parcours formatif s’enrichit de nouveau, cette fois à l’université de Paris, Sorbonne, où elle a étudié la philosophie entre 1930 et 1931, et a obtenu un certificat d’études en philosophie générale. Peu de temps après, sa valorisation de cursus scolaire dépasse les frontières françaises, et en 1932 elle a acquis une licence des usines Citroën pour étudier à Londres, au Bedford College for Women, la première école britannique à organiser l’enseignement supérieur pour les femmes.
Cette année-là, l’Union des femmes de France a envoyé au Bedford College for Women, comme tous les ans, une seule candidate, préalablement sélectionnée, pour le cours international de santé publique : Marie-Thérèse C. Lévêque. Toutefois, son admission dans cet établissement n’était ni consensuelle ni immédiate. Selon le comité d’organisation du cours, la candidate ne satisfaisait pas à la condition d’admission de base, car sa formation scolaire et professionnelle était dans le domaine du service social, et pas celui des soins infirmiers. Alternativement, Marie-Thérèse a été invitée à suivre une année d’études sociales, dans un cours spécifiquement conçu pour elle, axé sur les domaines de l’économie sociale, la sociologie et la psychologie. Elle a accepté, s’est rendue à Londres, et après une année, en 1933, a finalisé le cours avec distinction et a obtenu un certificat d’études sociales du Sociology, Social Studies, and Economics Department.
Cette période d’études à Londres ne prouve pas seulement la capacité d’intégration de Mlle Lévêque dans un pays étranger, car c’est aussi spécialement révélateur de sa personnalité : avec un emploi salarié aux usines Citroën, à Paris, elle a délibérément choisi de quitter sa situation professionnelle confortable pendant un an pour enrichir son parcours de formation, dans un pays inconnu, même sans maîtriser la langue anglaise. Cette décision révèle un caractère agité, curieux, avide de nouveaux défis, et un besoin permanent de croissance intellectuelle, professionnelle et aussi personnelle.
L´arrivée de Mlle Lévêque à Lisbonne et son impact sur la sphère publique
À son arrivée au Portugal, en février 1935, Marie-Thérèse C. Lévêque se trouve confrontée à une société faiblement industrialisée et marquée par l´ascension de l’Estado Novo, comme projet politique et social. Une nouvelle conjoncture se crée entre l’Église, l’État et la société, et le corporatisme apparaît comme le modèle idéal d’organisation socio-économique. Avec le récent État corporatif, la représentation politique libérale basée sur l’exercice de la citoyenneté individuelle a été éradiquée et les partis politiques ont été remplacés par un modèle basé sur l’expression politico-constitutionnelle de groupes organiques à caractère économique, professionnel, culturel et régional. Dans le nouvel ordre juridico-politique, l’autorité de l’État et la suprématie du pouvoir exécutif prédominent. En matière de politique éducative, l’inculcation idéologique et l’endoctrinement moral ont prévalu, ainsi que l’affirmation d’une pédagogie nationaliste et conservatrice, ce qui a engendré une rupture avec les mouvements éducatifs à l´étranger. Cette atténuation de la circulation des idées et de la production des pratiques dans les réseaux internationaux a rapidement conduit à un appauvrissement du tissu éducatif portugais.
L’arrivée de Marie-Thérèse C. Lévêque de France, en 1935, pour assumer la direction technique d’un nouveau projet d’enseignement au Portugal, dans ce qui semble être une contradiction avec le cadre de la politique éducative nationaliste et conservatrice de l´Estado Novo, a une double justification : d’une part, l’absence au Portugal d’une personne ayant des connaissances et une expérience en service social, obligeant à recourir à une personnalité étrangère ; et, d’autre part, Mlle Lévêque était un choix qui procédait de la négociation entre deux entités catholiques, le Patriarcat de Lisbonne1et l´Union catholique des services de santé et des services sociaux, à Paris. Il faut souligner que le régime politique qui prévalait au Portugal avait une orientation idéologique majoritairement catholique, même sans se présenter comme confessionnelle. Possiblement, aux yeux du pouvoir politique établi, le choix de cette professionnelle française, tel qu’il s’était fait dans l’univers des réseaux et milieux catholiques, offrait-il des garanties de non-contradiction avec le projet politique, idéologique et social en cours au Portugal.
La diffusion de l’Instituto de Serviço Social dans la sphère publique a été l’une des préoccupations inhérentes à l´ouverture de l’école et a configuré une stratégie pour présenter ce nouveau projet éducatif à la société portugaise et, surtout, pour captiver des jeunes filles vers un domaine d’études encore inconnu au Portugal :« [À cette date] Tout était complètement différent, tout était en train de naître, personne ne savait ce qu’était le service social [au Portugal], sauf Mlle Lévêque2. » Les milieux sociaux catholiques ont été, dès le départ, le public cible privilégié. Parmi les différents moments de publicité de l’école, la séance inaugurale de l’Instituto de Serviço Social, le 17 mars 1935, dont Marie-Thérèse C. Lévêque était la protagoniste, se distingue par sa projection. L’événement a eu environ cinq cents participants, dont des représentants d’organismes de l’Action catholique portugaise, dirigeants d’œuvres sociales catholiques, professeurs et étudiants universitaires, et aussi ecclésiastiques.
Parmi le public de la séance inaugurale se trouvait une jeune fille, qui faisait partie du premier groupe d’élèves formées dans l´Instituto de Serviço Social : Maria Helena Beltrão (1914-2012). La médecine a longtemps été sa vocation, mais à une époque et dans une société où le rôle de la femme était intrinsèquement associé à celui d’épouse, mère et femme au foyer, l’accès aux professions traditionnelles était pratiquement interdit. À la séance inaugurale, lorsque la jeune Maria Helena a entendu Mlle Lévêque, elle s’est identifiée au service social, et s’est trouvée motivée à poursuivre le cours. L’accord de son père a été immédiat, car au Portugal dans les années 1930, c´était socialement admis qu’une fille s’engage dans une cause altruiste, même si la situation financière de sa famille parvenait à satisfaire ses besoins, puisque « prendre soin de l’autre » était considéré comme une caractéristique « typiquement féminine ». De plus, l’Instituto de Serviço Social était parrainé par l’Église catholique, une situation qui, à l´époque, offrait fiabilité et légitimité sociale à la nouvelle école. Le service social était donc une opportunité valable pour les jeunes femmes portugaises qui souhaitaient poursuivre une activité professionnelle et, de cette manière, il a contribué à donner une nouvelle orientation au rôle et à la place des femmes dans la société portugaise.
Le rôle de Mlle Lévêque dans l’Instituto de Serviço Social, et sur la création d’une nouvelle profession au Portugal (1935-1946)
Au milieu des années 1930, l’enseignement du service social en France était varié et hétérogène, même parmi les écoles catholiques. L’étude menée a montré que l’Instituto de Serviço Social était influencé par deux écoles françaises spécifiques : l’Institut social familial et ménager à Paris (d’obédience confessionnelle) avec un domaine d´enseignement en service social et un autre en éducation familiale et domestique, et l’École des surintendantes d’usines et des services sociaux (laïque, et la seule en France à former des assistantes sociales spécialisées en contexte de travail).
Une fois arrivée au Portugal, Marie-Thérèse C. Lévêque est chargée d’organiser l’enseignement, de structurer le programme d’études, de participer au choix des professeurs et de choisir les institutions portugaises qui vont accueillir les stages pionniers de cette école. Elle l’a fait en concertation directe avec le patriarcat de Lisbonne, et avec l’avis de l’Union catholique des services de santé et des services sociaux, ainsi que de l’Association des surintendantes d’usines.
En contradiction flagrante avec les principes nationalistes et conservateurs du pouvoir politique établi au Portugal, l’Instituto de Serviço Social était perméable aux dynamiques et aux réseaux internationaux, ainsi qu’à l’influence des organisations étrangères de service social, sous la bannière du catholicisme. Au sein de ces dynamiques internationales, l’Union catholique internationale de service social a été un partenaire clé dans l’organisation de missions d’études à l’étranger, et dans l’accueil et l’orientation des assistantes sociales portugaises, qui voulaient connaître la réalité des organisations et des œuvres d’assistance sociale, surtout en Belgique et en Suisse. Marie-Thérèse C. Lévêque a joué ici un rôle important, encourageant les étudiants et les assistantes sociales portugaises à échanger connaissances et expériences au niveau international, afin de suivre les dernières avancées en matière de service social.
Selon la directrice française, le service social était sans doute une profession, dont l’exercice devait être réservé à ceux qui avaient une formation spécialisée, et légitimé par un diplôme professionnel. Alors que les premiers étudiants étaient sur le point de terminer leur formation à l’Instituto de Serviço Social, c’est Mlle Lévêque qui a fait appel au patriarcat de Lisbonne pour l’urgence de reconnaître officiellement l’enseignement et les diplômes respectifs de cette école. Selon lui, ces éléments seraient essentiels pour affirmer le service social, en tant que domaine professionnel, dans la société portugaise. C’est aussi elle qui a incité le mouvement associatif chez les anciennes élèves, et qui a suivi de près les premiers pas de l’Association des assistantes sociales de l’Instituto de Serviço Social, au début des années 1940.
En fait, certains des espaces d’autonomie dans le domaine du service social au Portugal, entre 1935 et1946, provenaient de l’initiative de la charismatique directrice française. À ce titre, l’importance de s’intéresser, dans l’étude de l’histoire du service social, aux espaces d’autonomie et de concurrence de ses agents historiques, et d’essayer de comprendre leur pensée et leurs stratégies d’action, compte tenu des dynamiques institutionnelles et sociétales de leur temps, même dans des contextes historiques plus restrictifs de la liberté d’action.
Après son retour en France… les souvenirs laissés au Portugal
Actuellement sont en cours des recherches sur le parcours biographique de Mlle Lévêque, entre 1946 et 1974, date de son décès. Les sources historiques recueillies jusqu’à présent révèlent qu’en 1950, l’École des surintendantes d’usines a attesté Mlle Lévêque, en termes d’études, d’ancienneté et de certification, afin qu’elle puisse accéder au poste de surintendante, conseillère chef du travail– bien que l’entité où elle a exercé ces fonctions soit inconnue.
De retour en France, Mlle Lévêque reste en contact avec ses anciennes élèves au Portugal, par correspondance écrite, et aussi rencontres lors des congrès internationaux de service social. En 1960, à l’occasion du 25e anniversaire de l’Instituto de Serviço Social, elle a été invitée à assister aux célébrations à Lisbonne. Plus tard, en 1971, certaines des anciennes élèves portugaises de Mlle Lévêque sont allées lui rendre visite à Paris, chez elle, où elles l´ont trouvée dans des conditions modestes et en mauvaise santé, mais pas distanciée des réalités et des problèmes sociaux. L´une de ces anciennes élèves raconte, se souvenant de cette visite :« […] Nous sommes allées retrouver Mlle Lévêque humblement effacée dans une chambre de la rue Pigalle. Elle a su accepter, et avec quelle foi, la dureté de la vie, l’isolement, les difficultés de toutes sortes. […] sans santé, elle a vécu les problèmes des émigrés portugais [en France] avec la plus grande angoisse et sollicitude3. »
C’était l’hiver 1974, lorsque la nouvelle du décès de Marie-Thérèse parvint au Portugal. Vingt-huit ans se sont écoulés depuis qu’elle a quitté l’école de Lisbonne et est retournée en France. Malgré le temps qui a passé, cet événement a été accueilli avec désolation par ses anciennes élèves portugaises, qui se sont mobilisées pour rendre hommage à leur estimée directrice française, et honorer sa mémoire. Chez les anciennes élèves de l’Instituto de Serviço Social, le sentiment était unanime : Marie-Thérèse C. Lévêque a été la pierre angulaire du service social au Portugal. Le témoignage d’une ancienne élève le montre bien :« […] Si l’on considère le cas portugais, on peut affirmer et vérifier que Mlle Lévêque est restée la pierre angulaire de toute sa création et développement. […] [Elle] a travaillé dur, avec dévouement, ouvrant la route, enthousiasmant et faisant vivre d’autres âmes de femmes, les filles de son Institut, dans un nouveau monde, et dans une nouvelle profession, […] en les guidant vers la nouvelle carrière […]4. »
Le mérite de Marie-Thérèse lui vaut même la distinction par l’État portugais avec le grade d’officier de l’Ordre de l’Instruction publique, en 1943, sur proposition du ministre portugais de l’éducation nationale, en raison de son travail pédagogique remarquable, qui a eu des résultats visibles dans l’assistance publique et privée au Portugal.
Avec son charisme personnel, l’action de la directrice française a marqué les élèves et professeurs de l’Instituto de Serviço Social. Grâce à ses connaissances et à sa détermination, elle a trouvé des espaces d’autonomie dans une nouvelle activité professionnelle au Portugal, ouverte aux femmes, et c’est peut-être aussi la raison de l’admiration et de l’affection de ses anciennes élèves : parce que Marie-Thérèse a aidé à ouvrir la porte qui les a menées à une activité professionnelle.
Sources
– Maria Isabel Santos, Marie-Thérèse Cécile Lévêque e o Instituto de Serviço Social (1935-1946): Historia e Memoria,Lisbonne, Universidade Católica Portuguesa, thèse de doctorat en service social, 2022, disponible sur : http://hdl.handle.net/10400.14/37776
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1 Le Patriarcat de Lisbonne fait référence au diocèse de Lisbonne (Église catholique romaine) qui, en 1394, a été élevé au rang d’archidiocèse et qui, en 1716, est devenu Siège patriarcal.
2 Traduction de l’original, en portugais. Extrait d’unentretien avec Maria Helena Beltrão (1914-2012), dans le cadre du projet « Ao Encontro da Memória » (Rencontre de la Mémoire), intégré au Centre d’études de service social et sociologie de l’Universidade Católica Portuguesa (2005).
3 Traduction de l’original en portugais, « Discreta Pioneira- Testemunho de Fé » (11 février 1974), manuscrit de deux pages : p. 1, dossier no 1, « Apontamentos sobre a memória daMlle Lévêque ». Localisation du document : archives personnelles de l´assistante sociale Maria Leonor Corrêa Botelho (1915-1996), en dépôt au Centre d’études d’histoire religieuse, Universidade Católica Portuguesa (Lisbonne).
4 Traduction de l’original en portugais, lettre de Maria Celeste Cardoso à Maria Leonor Botelho (Porto, 8 février 1974). Manuscrit de deuxpages : p. 1., dossier no 1, « Apontamentos sobre a memória daMlle Lévêque ». Localisationdudocument : ibid.