Adèle de Barry a suivi la formation d’assistante sociale à Marseille. Diplômée en 1945 ; elle occupe plusieurs postes avant de devenir, en 1972, directrice de l’école de service social de Nice où elle développe une intense activité en direction des élèves et des monitrices de stage. Après la fusion de l’école de service social avec l’école de moniteurs éducateurs elle reste à la direction de ce qui est devenu l’Institut d’Enseignement Supérieur en travail social jusqu’à son départ à la retraite en 2002.

Adèle Scappucci-Reboul de Barry, de son nom de jeune fille Adèle Lance, est issue d’une famille d’origine rurale, elle est née le 10 janvier 1922 à Beuil (Alpes Maritimes). Sa mère originaire de Beuil est la fille d’hôteliers et son père a grandi dans un petit village de l’arrière-pays niçois. Pour des raisons de commodité professionnelle, son père étant Officier des eaux et forêts, la famille d’Adèle Lance déménage et s’installe à Nice.

Après que leur fille ait obtenu son brevet d’études supérieures à Draguignan, les parents d’Adèle souhaitent que cette dernière épouse une carrière dans l’enseignement et devienne institutrice, comme sa sœur. Mais la jeune femme, en quête d’autorité, rêve d’un métier lui correspondant mieux, lui apportant relations humaines, liberté et indépendance. Elle s’oppose à ses parents et n’ayant pas entendu parler de l’école d’assistantes sociales de Nice part faire des études sociales à l’école régionale d’infirmières et d’assistantes sociales de Marseille.

Lors de la création du diplôme d’État, la formation d’assistantes sociales et la formation d’infirmières hospitalières ont leur première année commune. Pour cette raison, Adèle Lance enchaîne les stages dans le milieu médical, les hôpitaux et en salle d’opération en étant la plupart du temps encadrée par les internes de l’hôpital. Elle découvre une formation aux liens nombreux entre la théorie et la pratique. Le temps d’Adèle se partage entre les stages le matin et les cours l’après-midi.

C’est lors de son stage au dispensaire antituberculeux du boulevard Philippon, qu’elle ressent pour la première fois et le plus profondément, le cœur même du métier de l’assistante sociale tel que présenté dans sa formation : le respect de la personne, la notion d’accompagnement, l’apprentissage de l’accueil. En stage avec l’assistante sociale affiliée au dispensaire, elle apprend à être présente sans se montrer indiscrète, et comment obtenir les renseignements sans poser de questions de manière brutale et sans aucune forme d’inquisition.

Interne à Saint Barnabé chez mademoiselle Vaison de Ventôme, les études d’Adèle sont marquées par la guerre. En cette période de disette où le rationnement est de mise, tout comme ses camarades de promotion, elle met de côté tous les matins son petit pain pris sur le chemin de l’école afin d’en profiter au moment de la journée le plus propice.

Pendant la guerre, elle se retrouve en contact avec des déportés et des réfugiés politiques, de nombreux Russes blancs exilés à Nice. Bien que ne partageant pas toujours les opinions ou les idéologies de chacun, elle apprend très vite l’écoute et l’empathie, fait preuve de tolérance et de partage.

À la suite des bombardements qui frappent le département des Alpes-Maritimes, elle se réfugie chez sa sœur institutrice dans un village. Elle se propose alors pour aider dans l’hôpital pour personnes âgées de Puget-Théniers, transformé en hôpital de la résistance. De nombreux blessés y sont envoyés. Elle attrape la typhoïde, mais ne cesse de s’impliquer.

À la fin de la guerre, Adèle quitte l’école régionale d’infirmières et d’assistantes sociales de Marseille dont elle sort diplômée en mai 1945. En tant qu’élève boursière du Secours national, le conseil d’administration de l’école est directement contacté par cet organisme. Par ce biais, elle obtient donc dès la fin de la guerre son premier poste à Saint-Dié dans les Vosges. Dans cette ville qui lui est inconnue, elle est logée chez le directeur de la caisse d’allocations familiales qui a alors ses quartiers dans la banlieue de Saint-Dié. Elle n’y reste que peu de temps, cinq mois tout au plus.

Par la suite, elle travaille en tant qu’assistante sociale dans différents services avant de se tourner vers l’enseignement et le formation. Elle sera monitrice puis directrice dans plusieurs écoles de formation sociale.

1972 marque un tournant dans la vie professionnelle de la jeune femme. Un poste de direction au sein de l’école de la Croix-Rouge à Beyrouth au Liban, lui est proposé. Mais son époux refuse de retourner travailler en Afrique. Elle décline la proposition et lui préfère l’école d’assistantes sociales de Nice. Elle succède alors à Geneviève Perseil qui cède sa place de directrice, poste qu’elle occupait depuis 1945. C’est ainsi qu’Adèle Scappucci-Reboul de Barry s’installe à la direction de l’École d’assistantes sociales de Nice.

Cette école fondée en 1937 sus l’égide du maire de la Ville, le député-maire Jean Médecin, est alors la seule école de formation du service social des Alpes-Maritimes. En un peu plus de trente ans d’existence, dirigé par Geneviève Perseil, l’établissement s’est imposé comme un lieu de formation où rigueur et excellence sont reconnues de manière unanime par les professionnels et établissements sociaux non seulement du département, mais aussi du reste du territoire national.

Au sein de l’école d’assistantes sociales de Nice, comme dans les autres écoles sociales, la grande majorité des cours sont assurés par des professionnels, médecins, infirmiers, travailleurs sociaux, parfois des universitaires. En tant que directrice, Adèle Scappucci-Reboul de Barry, aussi appelée Madame du Barry, met un point d’honneur à travailler sur la formation des formateurs de terrain après avoir constaté l’absence de pédagogie de certains de ces professionnels.

Dès son arrivée, elle remarque que les monitrices employées au sein de l’école sont assignées à des tâches qu’elle juge de second ordre et ce malgré que chacune soit titulaire d’un diplôme d’État d’assistante sociale. Elle regrette que ces dernières soient perçues comme de simples surveillantes. Pour y remédier, elle leurs propose des tâches plus nobles, notamment d’assurer les enseignements historiques et techniques de service social. À compter de ce moment, elles passent de monitrices à formatrices permanentes.

Le suivi et le bien-être de ses élèves sont une priorité absolue pour Madame de Barry. Pour cette raison, dès son arrivée à l’école de Nice, elle met en place un système de tuteurs. À chaque élève est attaché un tuteur tiré au sort, qui n’est autre qu’un formateur de l’école, avec lequel l’élève peut travailler, échanger, discuter de tous les problèmes rencontrés. En cas de mauvaise entente, elle prévoit la possibilité de changer de tuteur. Persuadée que le comportement est la clé de la communication, elle est très à cheval sur le respect de l’autre, des valeurs, mais aussi sur la tenue de ses élèves. Aussi, « tenues correctes, et chaussures cirées » sont de mises.

Adèle Scappucci-Reboul de Barry ne cesse d’aider et de travailler avec ses élèves afin que ces dernières et derniers découvrent leurs propres capacités. Elle les encourage à se former en dehors de l’établissement et à l’extérieur de Nice. Elle les incite à suivre des conférences dans d’autres villes et même à Paris. Elle organise le partage des frais de transport en mettant en place une participation de la part de l’école.

Ayant obtenu son diplôme en 1945, Adèle de Barry est une assistante sociale formée à la foi au social et au médical. Issue de cette double formation, en tant que directrice d’une école de formation sociale, elle déplore la séparation des deux filières sociales et médicales à compter de la réforme du diplôme d’État d’assistante de service social. Le lien entre la santé physique et psychique, la connaissance de la maladie, de la dépendance, mais aussi le fait d’être en capacité de parler de sa maladie avec certaines personnes accompagnées, lui semblaient alors des éléments primordiaux permettant de mieux comprendre un suivi social, de l’appréhender dans de meilleures conditions et de créer le lien social indispensable au bon déroulé de la prise en charge.

En 1986 l’école d’assistantes sociales fusionne avec l’école de moniteurs éducateurs en un seul établissement, l’Institut d’Enseignement Supérieur en Travail Social qui portera ce nom jusqu’en 2022. Adèle Scappucci-Reboul de Barry reste à la direction de ce nouvel établissement jusqu’en 2002 où elle quitte ses fonctions après trente ans de service. Elle est remplacée par Madame Latour qui reprend la direction de l’école en septembre 2002.

Toute sa carrière, Madame de Barry restera nostalgique de la formation initiale et historique des premières assistantes sociales. Ainsi, elle regrette que l’assistante sociale soit restée dans les esprits la « dame de charité ». Cette professionnelle du service social n’est pas, à son sens, assez prise au sérieux, et ce, malgré l’ensemble des savoir-être et des savoir-faire dont elle dispose. Selon Adèle de Barry, l’assistante sociale est souvent considérée comme une simple exécutante et manque de considération. Elle n’a pas su rester une profession d’élite comme pensée et conçue dans les années 30 et 40.

Après une formation et une courte carrière d’assistante sociale, Adèle Scappucci-Reboul de Barry a finalement épousé la voie rêvée par ses parents celle de l’enseignement. Six ans après son départ à la retraite, elle s’éteint à Nice le 23 juillet 2010.

MOBIO Lysmée (juin 2022)

Sources

-Archives de l’HETIS (Nice)

– Entretiens avec Danièle Brocvielle et Jacqueline Félician (décembre 2001 et juin 2002)