Danièle Brocvielle d’abord assistante sociale aux « Affaires Algériennes » du cabinet du Préfet des Bouches du Rhône, puis au service prévention de la DDASS et devient assistante chef de l’ASE des Bouches du Rhône. En 1974 elle prend la direction de l’Ecole Régionale d’Infirmières et d’Assistantes Sociales (Marseille) avant de devenir, en 1987, conseillère technique auprès de la DRASS Provence Alpes Côte d’Azur. Elle décède à Marseille le 3 mai 2022.
Danièle Brocvielle naît le 10 octobre 1934, à Beaumont Saint-Julien, dans le 12ème arrondissement de Marseille, dans la maison dont elle dira à la fin de sa vie je dors dans la chambre où je suis née. Seconde d’une fratrie de trois filles espacées par de grandes différences d’âge. A l’époque de sa naissance, son père, passionné de mécanique automobile, travaille dans un garage. Sa mère est au foyer, très engagée dans les œuvres sociales de la ville, elle a fait partie du MPF (Mouvement Populaire des Familles). Enfant Danièle accompagne souvent sa mère dans les visites aux nourrissons comme elle s’en souvient « je me revois accompagnant ma mère à cette consultation de nourrisson et je me vois debout, j’avais 5 ou 6 ans et j’entends dire encore : « Qu’elle est mignonne cette petite ». Je n’allais pas encore à l’école. Il n’y avait pas de jardin d’enfants à cette époque. Et on me disait d’apporter le carnet de santé au docteur, pendant que toutes les dames « taillaient une bavette » et parlaient avec ma maman ».
Son grand-père avait été militant du Sillon avec Marc Sangnier.
Danièle a fréquenté l’École primaire de la Rosière, puis le collège Michelet aux Cinq Avenues où se pratiquait une démarche pédagogique nouvelle basée sur le travail de groupe, l’absence de notation, une sorte de non-émulation entre les élèves. Un bac Sciences Ex en poche, elle entre en 1953, à 19 ans, à l’école d’assistantes sociales de la Blancarde, passe son Diplôme d’État d’Infirmière en 1956 et celui d’Assistante Sociale en 1958. Pendant la durée de ses études, elle milite à la JEC (Jeunesse Étudiante Chrétienne).
Elle débute sa carrière par une affectation aux Affaires Algériennes, au Cabinet du Préfet. En pleine guerre d’Algérie, elle doit s’occuper des familles, surtout des femmes dont le mari est absent. Ce sera pour elle une expérience enrichissante, la découverte d’une autre culture, d’une autre civilisation et malheureusement aussi des bidonvilles où sont souvent logées ces familles. S’y ajoute la découverte des inégalités sociales, des injustices et de l’homophobie qui vont influencer toute sa carrière. Elle en témoigne : « J’avais en charge tout le département. « On m’avait dit de m’occuper des familles, des familles algériennes, je m’en suis occupée ». Les maris étaient souvent « internés », c’est le terme que l’on utilisait à l’époque. En effet, le ministère de l’Intérieur utilisait cette procédure après une dénonciation comme membres du FLN1. Ils étaient alors internés à l’hôtel de police où ils restaient au maximum pendant quinze jours.
« Nous étions convenues avec la Caisse des Allocations de les considérer comme séparés de corps avec leurs épouses. Légalement on faisait une entorse, et leurs familles bénéficiaient ainsi des allocations familiales, puisque leurs situations n’étaient ni en travail, ni en maladie, ni en prison. Je donnais à la C.A.F. l’attestation du Préfet signalant qu’ils étaient « internés ». Ainsi, ils pouvaient percevoir les allocations familiales. Autrement, leur « allocation unique » aurait été supprimée. Voilà comment on interprète les textes, mais c’était quand-même avec l’accord du préfet. »
Danièle demeure à ce poste jusqu’au 31 décembre 1962, puis la guerre d’Algérie étant terminée, elle entre au service de Prévention de la DDASS ( Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales ) où elle reste jusqu’au 1er octobre 1964. Toujours dans les quartiers Nord de la ville et dans le contexte de la loi de protection de l’Enfance de 1959, elle essaie avec d’autres assistantes sociales d’inventer un nouveau service social moins isolé, travaillant avec les éducateurs spécialisés, les animateurs socioculturels, les puéricultrices. Son but, être moins administrative et avoir un regard différent sur l’enfant. Dans le prolongement de son engagement militant, elle assure une coordination nationale de l’action catholique des milieux sanitaires et sociaux.
Entre 1964 et 1966, elle fait un break pour des raisons personnelles. Dans le prolongement de son engagement militant, elle assure une coordination nationale de l’action catholique des milieux sanitaires et sociaux. Puis elle revient au service de Prévention. Mai 68 sera pour elle le moment d’approfondir son engagement syndical en prenant des responsabilités au sein de la CFDT. Ces journées sont propices aux rencontres entre les différents intervenants et favorisent une meilleure approche du travail de chacun.
Au mois de janvier 1970, Danièle accède à un poste de responsabilité : nommée Assistante Sociale Chef au service de l’Aide sociale à l’enfance, elle s’occupe des enfants placés par le Juge des enfants et confiés à la DDASS (par suite d’une ordonnance de garde) et des adoptions.
Le 31 décembre 1974, elle quitte ce service et le 2 janvier 1975, elle prend possession de son poste de Directrice de l’École Régionale d’Infirmières et d’Assistantes Sociales rue de la Blancarde à Marseille. Pendant 12 ans, elle va essayer de « dépoussiérer » cette école un peu archaïque. Elle va connaître les difficultés pédagogiques et financières d’une école privée, aidée par le Comité d’entente des écoles de service social. Elle va vivre la grande réforme des études d’assistantes sociales avec la mise en place des Unités de formation et la modification du Diplôme d’État qui introduit la rédaction d’un mémoire.
Sa mise à disposition se terminant en 1987, Danièle accepte le poste de Conseillère Technique Régionale à la DRASS ( Direction régionale des Affaires sanitaires et sociales) PACA où elle est chargée, en collaboration avec les inspecteurs, du contrôle pédagogique des écoles d’Assistants de service social de la région. Elle donne son avis pour les agréments de terrains de stage des élèves Assistants Sociaux et participe à tous les examens des travailleurs sociaux.
En 1997, elle prend sa retraite après une carrière exceptionnelle. Cette carrière ne l’a d’ailleurs pas empêchée de se perfectionner en suivant pendant trois ans à la faculté de Luminy la formation supérieure des travailleurs sociaux qui se terminait après l’obtention d’une licence équivalente au DSTS (diplôme supérieur des travailleurs sociaux). Elle fait également partie de l’APRETHS (Association provençale pour la recherche en histoire du travail social), association destinée à collecter toutes les informations relatives au travail social dans notre région.
Mais ce qui a toujours dirigé Danièle dans tous les actes de sa vie est son immense piété, une foi sans limite, approfondie par des études de théologie. Très tolérante, elle milite contre toute forme d’injustice et de discrimination. Coordinatrice d’un collectif Evreux 13, adhérent aux Réseaux du Parvis, association chrétienne rassemblant catholiques progressistes et protestants libéraux, elle y apporte sa contribution. Très connue dans le milieu ecclésiastique, elle n’hésite jamais à critiquer les évêques et les prêtres pour le peu de place qu’ils laissent aux femmes au sein de l’Église catholique.
Danièle était une personne très amusante, ayant toujours une histoire drôle à raconter. Célibataire par choix, elle chérissait ses neveux, enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants de sa sœur aînée. Elle aimait recevoir ses amis, partager avec eux un bon repas, leur rendre visite aux quatre coins de la France, échanger, communiquer. Elle vivait dans sa maison de Beaumont Saint-Julien, jusque au jour où un AVC l’a rendue dépendante. Ne voulant pas être une charge pour sa famille, elle a choisit un placement en maison de retraite ; mais là son inutilité lui est rapidement devenue insupportable. Convaincue de l’immortalité de l’âme, elle attendait impatiemment le moment de rejoindre ceux qui lui manquaient tant. La mort viendra la délivrer le 3 mai 2022. Elle avait soigneusement préparé ses obsèques et rédigé un texte émouvant, son Credo, qui a été lu par sa famille au cours de l’office.
Assistante sociale, ce fut une vie à la rencontre des autres.
Jacqueline Félician et Jean-Marie Zingraff (mai 2025)
Source : Interviews réalisées par Jean Marie Zingraff en décembre 1997.
1 Front de libération national (algérien).