Yvonne Kocher, née en 1897, après avoir travaillé comme chimiste de 1920 à 1923, a suivi une formation de surintendante de 1923 à 1925. A sa sortie de l’école elle exerce
comme surintendante. En 1940 elle travaille un temps à l’hôpital de Romorantin, puis pour la Croix Rouge, aux camps de Pithiviers et Beaume la Rolande et ensuite au service
social de la Seine Inférieure. Engagée dans la Résistance, elle est arrêtée en juin 1944 puis déportée au camp de concentration de Ravensbrück où elle est assassinée lors d’une marche de la mort.

Yvonne Kocher est née à Paulhiac (Lot et Garonne) le 28 juillet 1897, son père Louis Kocher, âgé de 34 ans est médecin, sa mère Marie Bastian, âgée de 23 ans, est « sans profession ». Yvonne est la troisième enfant du couple, ayant deux frères, elle aura ensuite une sœur cadette. Durant sa jeunesse à Paulhiac sa mère est internée en clinique. Ensuite la famille s’installe à Paris où le père continue à exercer comme médecin. Quelque temps après cette installation la mère décède. Yvonne Kocher est pensionnaire durant sa scolarité en primaire ; puis elle fait ses études secondaires au lycée Fénelon à Paris et obtient le baccalauréat. Elle entreprend des études supérieures et obtient un certificat de chimie appliquée à la Sorbonne. A partir du 2 février 1920 et jusqu’au 30 avril 1922 elle travaille comme chimiste à la Compagnie pour la fabrication des compteurs et matériel d’abonnés à Gaz (succursale de Vaugirard) ; durant cette période elle loge 153 rue de Paris à Vanves. Puis du 1er mai 1922 au 3 novembre 1923 elle travaille comme chimiste à la Compagnie des Lampes (Ivry). Dans cette entreprise elle fait connaissance de Mlle Lozier, surintendante, qui lui fait connaitre sa profession. Dans le « désir de réaliser une inclination personnelle vers le service social » elle s’inscrit à l’école des surintendantes en octobre 1923 à l’âge de 26 ans. Les références citées dans sa fiche d’inscription sont, outre Mlle Lozier, les pasteurs Boury et Bach ainsi que les directeurs de la Compagnie de fabrication des compteurs et de la Compagnie des Lampes. Au moment où elle entre à l’école des Surintendantes elle loge 1 rue des Poitevins Paris (5e). Au cours de ses études elle effectue 28 « visites sociales » dans plusieurs institutions sociales françaises, visites ne dépassant pas la journée, 17 visites en Belgique et 10 stages dans des secteurs d’activité assez variés. Elle effectue son stage de surintendante à Limoge et son stage d’ouvrière à la «Maison des parfums Roger et Gallet ». Son rapport sur ce stage date du 9 janvier 1925. Il comporte 8 pages. Elle commence ce rapport par le récit de sa rencontre avec la directrice : « elle est d’abord sec, tranchant, presque agressif » et elle « trouve pénible que des femmes venant demander à gagner honnêtement leur vie soient reçues de manière aussi rébarbative ». Elle demande à être affectée à l’atelier des parfums ou à celui des poudres. En dépit de sa demande, elle est « affectée à la réception, au classement et à la distribution des étiquettes dont il y a plus de 5 000 variétés ». Dans son rapport elle souligne l’existence d’une crèche pour les salariées et remarque que la cantine est confortable. Quant aux conditions de travail elle écrit que « les ouvrières peuvent prendre quelques instants de repos au cours de la journée mais leur travail doit aussi être achevé, et complètement achevé, chaque jour. » Elle signale aussi que les ouvrières peuvent être sanctionnées, notamment par des retenues sur salaire, si elles polluent le parfum au cours du processus de travail ; elle signale aussi qu’il y a des cas de tuberculose parmi le personnel ouvrier. Elle termine sa formation en juillet 1925 avec la, remise du « livret comme
intendante ». De la fin 1925 à juin 1940, elle exerce comme surintendante à – en interprétant les passages du livre de sa sœur – l’usine des Compteurs de Gaz de Vaugirard. Elle exerce sa profession en l’élargissant à un suivi quasi permanent à domicile des ouvrières malades ou accidentées. Elle en invite aussi certaines à son domicile et leur demande parfois de l’aider à la préparation de colis à distribuer à celles qui en ont besoin. Dans ses « notes intimes » elle décrit ainsi ses activités à son domicile qu’elle surnomme « le Pavillon bleu » : « Il est vrai que je reçois beaucoup, et que chacun entre et sort de chez moi comme chez lui, et que mon chez-moi est bleu, et qu’il y règne, je crois, l’atmosphère de ce détachement, de ce désir de faire très doux et plein d’amour pour tous ceux qui entrent l’accueil du Dieu que je prie ». Outre sa maison ouverte à tous et son activité de surintendante, Yvonne Kocher agit dans son quartier en développant des actions sanitaires et sociales auprès de la population de la « zone » comme est qualifié le quartier. Chaque dimanche elle participe au culte protestant et fait le catéchisme aux enfants. Ses multiples activités ne sont pas sans effets sur sa santé. Une scoliose est diagnostiquée; elle est mise en arrêt maladie et fait un séjour à Chamonix pour un temps de repos. Dans une lettre à sa famille elle fait le lien entre son état de santé et ses activités : « J’ai eu très peur, je vous l’avouerai, j’ai touché le fond de ma résistance normale ; je ne crois pas que je sortirais indemne d’une autre secousse semblable. Je veux vous parler en confiance, presqu’en confidence, des choses que je n’aime pas à dire : peut-être n’êtes-vous pas sans avoir compris que mon travail est exactement toute ma vie. Vous n’êtes pas sans savoir, je crois, que rien ne lui donne un sens, si ce n’est cette activité passionnément aimée, auprès des humains. » En 1940 son usine est repliée et elle quitte ce poste après quinze ans d’activité desurintendante. Quittant son usine avec sa voiture, elle embarque de nombreuses personnes fuyant la région parisienne du fait de l’approche des troupes nazis. Et elle prend un poste à l’hôpital de Romorantin (Loir et Cher). Dans cet hôpital sont soignés des contagieux qui ont été éloignés de la zone de guerre, des enfants atteints de diphtérie et des soldats blessés. Puis elle se met à la disposition de la Croix Rouge qui l’affecte aux camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande d’où elle est expulsée par les autorités du camp. De retour à Paris en juillet 1941, dans une lettre datée du 24 juillet, elle écrit sur ce temps passé dans les deux camps : « Voici, je suis partie pour toujours de ce tragique Pithiviers, de cet horrible camp. J’y laisse une géhenne de souffrances, et ce mal qui, plus que tout autre, offense Dieu : l’écrasement de l’homme par l’homme…mais j’y laisse aussi, je veux le croire, les Ailes éternelles apaisantes et protectrices de Celui que tant de fois j’ai invoqué dans ma grande baraque, où tous les jours aussi venait s’abriter matin et soir la prière de quelques-uns de ces persécutés qui priaient pour tous. » Peu après la Croix Rouge lui propose d’organiser le service social en Seine Inférieure (actuellement Seine Maritime). Dans ce département, elle multiplie les déplacements dans tout le territoire. Pendant trois ans elle créa des cantines maternelles, des cantines scolaires, des dispensaires ; elle organisa des soupes populaires, des distributions de repas dans les prisons, des visites médicales dans les écoles. Pour favoriser la coordination des services sociaux, elle met en place, entre janvier et juillet 1943, trois réunions d’assistantes sociales : l’une à Caudebec, l’autre à Yvetot, la dernière à Saint Valéry. En août 1943 elle quitte la Croix Rouge pour ne pas compromettre cette association en raison de ses premières activités de résistance à Rouen. Parmi les premières activités du groupe de résistance qu’elle intégra il y avait l’organisation des cachettes pour les parachutistes anglais. En septembre 1943, les deux membres du groupe chargés de cette mission sont arrêtés ce qui obligea Yvonne Kocher à quitter Rouen pour Paris où elle a des contacts avec des groupe de résistants, elle prend le surnom de Nanouk. Sa première activité est d’accumuler des produits pharmaceutiques pour être en mesure de dispenser des soins aux parachutistes et aux résistants blessés. Elle a aussi des activités de distribution de tracts, d’hébergements de personnes recherchées. Elle est agent de liaison des Nouvelles Équipes de la Renaissance Française ; dans sa circulaire intérieure n° 2 de juin 1945, cette organisation la présente ainsi : « La gaité…l’excitation de la lutte, s’ajoutant à sa foi profonde, lui fit revendiquer les tâches les plus ingrates et les plus rudes. Elle se disait comblée. Agent de liaison remarquable, elle arrivait aux rendez-vous de plein air le sourire aux lèvres et son vaste sac bourré de papiers dont chacun pouvait la faire fusiller. » Le dimanche 6 juin 1944 elle est arrêtée ainsi que Xavier, jeune résistant de 19 ans. Conduite rue des Saussaies, siège de la Gestapo, elle est violemment torturée et ne parle pas ainsi que l’écrit la circulaire des Nouvelles Équipes de la Renaissance Française déjà citée : « Elle connaissait le nom, l’adresse de bien des camarades devenus ses intimes. Il suffit de savoir qu’aucun d’eux ne fut inquiété de ce fait pour savoir l’attitude qu’elle choisit d’adopter. » Son domicile est perquisitionné sans succès par la Gestapo ; elle subit plusieurs interrogatoires accompagnés de tortures et elle maintient son silence. De la rue des Saussaies elle est envoyée à la prison de Fresnes. Sur le mur de sa cellule elle écrit « Que Dieu vous bénisse tous de sa lumière qui vient après de si grandes ténèbres. NANOUK dimanche 9-7- 44 ». Le 15 août 1944, à quelques jours de la libération de Paris, les prisonnières de Fresnes sont conduites à la gare de Pantin d’où le train les amène à Ravensbrück où elles arrivent le 21 août. A son arrivée une ouvrière de l’entreprise où elle était surintendante la reconnait et la salue. Yvonne reçoit le matricule 57559. Après trois semaines à Ravensbrück, elle est envoyée avec d’autres déportées à Torgau pour travailler dans une usine de fabrication d’obus. Face au refus de plusieurs déportées, dont Yvonne Kocher, de travailler pour l’armée allemande, le groupe fut divisé en deux : 250 furent envoyées en Thuringe et 250, dont Yvonne,renvoyées à Ravensbrück. Après quelques jours à Ravensbrück, avec un groupe de 250
déportées françaises, elle est envoyée, fin octobre 1944 au camp du Petit Königsberg. Ce dernier était un camp de travail, dont l’objectif était de construire un terrain d’aviation. La majorité des déportées étaient divisées en deux équipes de travail : l’équipe du plateau et l’équipe de la forêt. Dans un premier temps, Yvonne travaille à l’infirmerie avec la doctoresse Marie Peretti della Rocca, mais toutes les deux sont assez rapidement expulsées de l’infirmerie en début novembre et Yvonne est affectée à l’équipe de la forêt où le travail est très dur. Malade, épuisée par ce travail, elle passe trois semaines à l’infirmerie puis elle est affectée à l’équipe du plateau où le travail est tout aussi dur. Face à l’offensive de l’armée soviétique, les SS abandonnent le camp le 1er février 1945, laissant les détenues seules. Ils reviennent le 3 février et organisent le transfert des détenues vers Ravensbrück. Commence pour les détenus une longue marche de 150 km. C’est au cours de cette marche, au bout de 50 km, qu’Yvonne Kocher s’écroule et un SS l’exécute de deux balles dans la tête. Quelques jours après à Ravensbrück les SS abandonnent le camp qui est libéré par les troupes soviétiques ; le corps d’Yvonne est retrouvé, congelé, quinze jours après son assassinat, il est enterré et une croix est planté par 4 déportées. Par le décret du 14 juin 1946, Yvonne Kocher a été médaillé de la Résistance.
PASCAL Henri novembre 2024+

Sources :

  • acte de naissance Mairie de Paulhiac
  • fiche inscription, livret scolaire et rapport de stage (archives ETSUP)
  • Kocher Marie Elisabeth 2020 Le sourire de Ravensbrück Yvonne Kocher, alias Nanouk résistante déportée, Paris Editions Ampélos (1re édition 1946)
  • Livre Mémorial des Déportés de France » de la F.M.D. Tome 3 (I.264) p 119
  • Guyotat Suzanne « La libération du camp de Königsberg en Neumark dit petit Königsberg par un témoin » , Matériaux pour l’histoire de notre temps; 1985 2
  • Bonnet Marie Josèphe « Les françaises à Ravensbrück » document FMD