
Suzanne Masson, a été la fondatrice du Mouvement pour les villages d’enfants. Au commencement en 1943, elle ouvre et gère la première « maison d’enfants ». Elle étendra son action à l’international dans les années 1970.
Suzanne Masson est née à Nancy le 25 février 1915, six mois après le décès de son père, mort au combat à l’automne 1914 sur le front de l’Artois. Elle a un frère de deux ans plus âgé, né le 2 mars 1913. A la fin de la guerre, sa mère et sa tante se consacrent, dans le cadre de l’Œuvre des Villages Libérés, à la résurrection des villages libérés de Lorraine, dont la famille est originaire Veuve à 25 ans sa mère, Marguerite Lormeau, installe un atelier de reliure à son domicile, où elle a une cinquantaine d’élèves
Dès 1925, à l’âge de 10 ans Suzanne Masson passe des vacances au Manoir du Ris, dans la baie de Douarnenez. Le manoir du Ris est propriété de Mercedes Le Fer de la Motte, religieuse qui a été l’inspiratrice des résidences sociales avant la première guerre mondiale . Après la guerre, Le Fer de la Motte s’est retirée dans ce manoir, où elle reçoit régulièrement, pour des retraites, des femmes engagées dans l’action sociale. Ces vacances au Manoir du Ris laisse supposer que la mère de Suzanne Masson était dans le réseau qui s’était constitué, à partir des années 1920, auprès de Mercedes Le Fer de la Motte
En 1931, à l’âge de 16 ans, Suzanne Masson entre aux Beaux-Arts de Nancy dans la section sculpture. Durant ses études elle gagne sa vie comme dessinatrice dans une agence de publicité : les ateliers ABC. Elle est profondément engagée dans l’action catholique, tout comme son frère devenu père blanc. En 1939, dès les premières semaines du conflit, elle part en Bretagne dans un préventorium marin. Elle y rencontre des enfants que la guerre a jetés sur les routes et dont les parents ont disparu ou sont morts : « Là j’ai rencontré « les enfants de tristesse ». Sans qu’il soit nécessaire de faire état de leur origine, il s’agissait d’enfants confiés à l’Assistance Publique. Trois d’entre eux ont provoqué chez moi un véritable « choc » quand j’ai constaté les carences dont ils se trouvaient marqués et la souffrance qui semblait émaner d’eux »
Elle revient en région parisienne et fait ses études d’assistante sociale à l’Ecole d’Action Sociale, rue Marie Jeanne Bassot à Levallois Perret. C’est dans cette ville qu’elle ouvre la première « maison d’enfants » en 1943 ; Elle reçoit le soutien du Père Duval, directeur des Apprentis d’Auteuil, qui l’aide, moralement et financièrement, à ouvrir cette maison : « Mon premier but était de louer une maison, mais je n’avais pas un sou et je le dis au père Duval, ami et directeur des Orphelins d’Auteuil. Il me tendit 300 francs qu’il extirpa de sa poche en me disant : “Je marche avec vous, faites-le.” Nous étions le 12 juin 1943.»
Situé au 67 rue Anatole France à Levallois Perret, Suzanne Masson accueille dans sa maison 12 garçons et fonde l’association « Notre Maison ». En raison des bombardements, elle quitte Levallois pour se réfugier à Vendôme puis revient à Levallois. En 1946 parmi les personnes qui l’aident, figure un étudiant d’HEC Bernard Deschamps, qui sera ordonné prêtre en 1954 et continuera à s’investir dans l’association, il en deviendra le directeur général en 1981 jusqu’en 1989. La maison fonctionne essentiellement avec des dons et des aides diverses (dont nourriture). Avec le décret de 1946 permettant aux associations prenant en charge des orphelins de bénéficier des allocations familiales, le statut associatif de « Notre Maison » lui permet de toucher cette aide publique.
À partir de la fin de la guerre, Suzanne Masson donne l’habitude à ses enfants de passer leurs vacances d’été en Bretagne dans la baie de Douarnenez à la ville d’Ys. Après plusieurs années passées à Douarnenez pour les vacances d’été, l’installation se fait temporairement dans un château sur la commune de Lesconil (Finistère). Face aux difficultés pour trouver un lieu de vacances permanent, elle achète un terrain en bordure de plage dans la commune de Loctudy (Finistère); elle décide en 1954 d’y construire une grande maison. Pour la construction elle reçoit de nombreuses aides, dont un groupe d’étudiant d’HEC. La Porte Ouverte sera le nom donné à cette maison, qui sera agrandie au fil des années.
Avec « Notre Maison », le modèle que met en œuvre Suzanne Masson est : une mère de substitution recueillant des enfants dans une maison pour leur prodiguer « de l’amour maternel » et leur proposer « une vie familiale ordinaire ». Sur ce modèle une maison est ouverte d’abord à Montgeron (Essonne) en 1951 où elle embauche successives de deux jeunes femmes pour reproduire l’expérience de Levallois puis, en 1958 à Cesson (Seine et Marne) . Ces « mères de substitution » reçoivent une formation longue et variée avant d’exercer, alliant, entre autres, la psychologie, la santé, l’économie domestique, la pédagogie
Début des années 1950 elle prend connaissance de l’expérience, en Hollande, menée par une religieuses qui accueillent une fratrie d’orphelins dans une maison. Mais, surtout, ce qui l’inspirera c’ est le modèle, en Autriche, d’Hermann Gmeiner repris en France par, Gilbert Cotteau, fondateur de l’association SOS Villages d’enfants en février 1956. Après réflexion et de nombreux échanges elle passe de l’idée d’une maison à celle d’un groupe de maisons. Au mois de juillet 1958 une réunion d’un groupe d’amis et de chefs d’entreprises, soutenant l’action de Suzanne Masson depuis ses débuts, décide donc des principes d’évolution du modèle. Maintenir des fratries, les confier à des femmes au sein de maisons individuelles mais regroupées au sein d’un Village, lui-même placé sous la direction d’un chef de Village, fonction confiée à un homme« pour apporter la sécurité dont les enfants et les mères ont besoin » et « assumer un rôle d’équilibre et d’autorité » . Le mouvement pour les Villages d’enfants est né : en 1958 un groupe de dirigeants d’entreprise fonde, avec Suzanne Masson et Bernard Descamps l’Association Mouvement pour les Villages d’Enfants. Cette même année 1958, elle fait construire par l’architecte Jean Heckly des pavillons pour recevoir des enfants à Cesson. L’inauguration a lieu en 1960. C’est le premier de la Fondation Mouvement pour les Villages d’Enfants, il est composé de 10 maisons. Suzanne Masson souligne l’intérêt de la formule village : « Le Village est une richesse pour l’enfant car il permet la rencontre d’autres enfants identiques, qui ont vécu les mêmes choses. Personne ne lui posera de questions. Il n’a pas besoin de s’expliquer. En outre, le Village n’a pas de murs. Il est totalement ouvert et identique à d’autres lotissement. »
Un deuxième village est fondé en 1961 à Boissettes (Seine et Marne) où 15 enfants accueillis puis un troisième en 1968 à Villabé (Essonne). Parallèlement en 1967 un foyer d’accueil d’urgence est ouvert à Cesson puis, en 1970, déplacé à Mée sur Seine (Seine et Marne)..
En 1972, dans un long article de La Revue Française de Service Social (n° 93 1er trimestre 1972) Suzanne Masson présente « le Mouvement pour les villages d’enfant » :
« Le but du MOUVEMENT POUR LES VILLAGES D’ENFANTS est de redonner à des enfants orphelins ou privés, pour une raison quelconque, de leurs éducateurs naturels, leur place dans la vie, en recréant pour eux au maximum les conditions de vie nécessaires à leur épanouissement, étant entendu que l’épanouissement de tout enfant dépend de la réponse qui est donnée à certains besoins impératifs. Ces besoins universellement reconnus sont : le besoin d’amour, d’affection, de relations fraternelles, de sécurité, de stabilité, d’autorité, d’ouverture sur l’extérieur et de guide dans la vie.
A proximité d’une agglomération vivante, un petit village créé tout exprès, groupe dix à douze jolies maisons neuves ; des petits sans famille, orphelins pour la plupart, y sont accueillis pour toujours.
Dans chacune de ces maisons, une « maman » se voit confier sept à huit enfants souvent frères et sœurs. Elle les accueille et les élève comme les siens avec l’aide et sous la responsabilité du Mouvement. Dans ces foyers chaleureux, ces petits retrouvent leur place dans la vie et l’épanouissement des enfants heureux. »
En 1975, elle est nommée chevalier de l’ordre national du Mérite et, le 28 janvier 1978, est nommée chevalier de la Légion d’honneur.
À partir de 1977, Suzanne Masson se rend régulièrement au Liban et au Cambodge pour prendre en charge des enfants orphelins. Cette activité l’amène à créer, en 1981 alors que Bernard Descamps prend la direction du Mouvement de des Villages d’enfant, la Fondation SALVE qu’elle préside ; cette fondation est un (organisme d’aide internationale pour les enfants victimes de guerre).
C’est au cours du conseil d’administration de cette Fondation , le 20 mars 1991, que Suzanne Masson est prise d’un malaise et décède peu de temps après,
Le MVE deviendra « Action enfance » en 2013. Six villages sont créés, ayant chacun de huit à dix maisons familiales sous la responsabilité de mères éducatrices et de collaboratrices
Henri PASCAL septembre 2023
Sources :
-Action Enfance « Notre histoire »
– Site Action enfancehttps://www.actionenfance.org/
-Site « Notre Maison » www.notremaison-asso.org
-DELANDRE Emmanuel « Permettre l’enfance »
-Suzanne Masson « Mouvement pour les villages d’enfants » Revue Française de Service Social n° 93 1er trimestre 1972 pp. 29-32